La faute politique de Jean Castex >
Avec l'annonce jeudi dernier de la mise en place d'une « commission indépendante » qui sera chargée de réécrire le fameux article 24 de la proposition de loi « Sécurité globale », c'est peu dire si le Premier ministre n'a pas usé de sens politique. Au-delà des oppositions, il s'est mis la majorité parlementaire à dos (cette dernière estimant que le rôle du Parlement est piétiné) : le président de cette majorité qui n'est autre que l'ancien ministre de l'Intérieur, le ministre des Relations avec le Parlement, le président de l'Assemblée nationale, mais aussi le président du Sénat… d'autant plus après un vote largement favorable à ce projet de loi (388 parlementaires ont voté pour, mardi dernier, et 104 contre).
Depuis jeudi, les boucles WhatsApp et Telegram de la majorité ne s'arrêtent plus : entre colère et résignation, un sentiment aussi de grande lassitude domine. Pourtant, « le but était de calmer tout le monde sur cet article qui a provoqué tant de colère », soufflet-on, ajoutant « qu'il n'est pas pour le moment prévu de revenir en arrière sur la question de cette commission indépendante ». C'est peu dire que l'effet escompté n'a pas été atteint… d'autant plus qu'en pleine pandémie, l'exécutif se serait bien passé d'une énième polémique incluant le Premier ministre, au moment où le gouvernement doit gérer les crises provoquées par le ministre de l'Intérieur. « Nous n'avions pas besoin d'une crise politique », note inquiet un conseiller du pouvoir, qui estime que « c'est un échec politique complet d'avoir mis contre soi en l'espace de quelques heures les présidents des deux chambres ». Face à la crise politique qui a atteint son paroxysme vendredi, le Premier ministre a finalement indiqué que ladite commission « ne sera pas chargée de réécrire l'article 24 ». Mais la faute politique a marqué les esprits et va laisser des traces. Et notamment chez les « marcheurs » où l'on jure que l'on n'oubliera pas l'épisode.