Déjà une subvention de l'État… en 2019 >
Depuis une semaine, l'exécutif est vent debout contre la décision de la mairie écologiste de Strasbourg de subventionner à hauteur de 2,5 millions d'euros la construction de la future mosquée Eyyub Sultan, dans le quartier de la Meinau (une aide financière légale, en vertu du régime concordataire en vigueur en Alsace). Car ce projet de lieu de culte est porté par la confédération islamique Millî Görüs. L'organisation est dans le viseur de Gérald Darmanin pour sa proximité supposée avec le pouvoir turc. Le ministre de l'Intérieur pointe également le refus de cette fédération religieuse de signer la charte des principes pour l'islam de France. Tout cela n'a pourtant pas empêché l'État d'accorder… une subvention de 22 400 euros à l'association porteuse du projet de mosquée, comme l'indique une annexe au dernier projet de loi de finance. Un coup de pouce accordé en 2019 par le Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation. Contacté, le CIPDR fait savoir à La Lettre que ce chèque relève du « dispositif de financement des opérations de sécurisation des sites sensibles concernant les risques de terrorisme ». En d'autres termes, la future mosquée a pu s'équiper de caméras de surveillance grâce au concours budgétaire du ministère de l'Intérieur. De nombreux lieux de culte peuvent prétendre à ce type d'aide, ajoute-t-on au CIPDR.
Bien sûr, l'on peut s'opposer au financement public d'un lieu de culte et, dans le même temps, s'attacher à prévenir tout risque terroriste. Reste que cette subvention pourrait apparaître inopportune au regard de la violence du ton employé à l'encontre du Millî Görüs par l'État. Dans un communiqué publié le 24 mars, la préfète du Bas-Rhin épingle un « mouvement fondamentaliste proche des Frères musulmans » dont l'objectif est d'« asseoir son influence sur les communautés turques en France ». Et de mettre en garde : « Il est de la responsabilité de chaque autorité publique d'exercer sa vigilance sur tout ce qui s'écarte des valeurs de la République. » Gouvernement compris.