Villes : la dynamique des musées >
Les maires courent après l'effet Bilbao et la geste architecturale", constate Jean-Christophe Castelain, rédacteur en chef du Journal des Arts. Après l'ouverture d'une annexe du Centre Pompidou à Metz en 2010 et en attendant celle du Louvre à Lens fin 2012, d'autres projets voient le jour. Le Cannet a financé 60 % des 4,5 millions d'euros nécessaires pour ouvrir son musée Pierre Bonnard. Menton prend en charge 46 % des 14 millions de budget requis pour inaugurer à la fin 2011 un établissement dédié surtout à Jean Cocteau, à partir des dons faits à la ville par un collectionneur.
Quel peut être le rapport coût-bénéfices de ces projets sur les territoires concernés ? Si la facture de l'investissement initial est connue, les coûts liés au fonctionnement baignent dans le flou : l'absence de comptabilité analytique et d'autonomie, la mise à disposition gratuite de personnels caractérisent la gestion de ces établissements qui tirent une bonne partie de leur financement des collectivités locales. Or "les élus concernés ne souhaitent pas connaître précisément ces coûts car leur opposition pourrait s'en servir pour dénoncer une mauvaise gestion" ajoute Jean-Christophe Castelain.
Malgré la sous-évaluation des frais réels de fonctionnement, les musées locaux connaissent des déficits structurels. Beaucoup ont une fréquentation dérisoire quand on retire le public scolaire qui paie un tarif préférentiel. Les modestes recettes de la billetterie et du mécénat doivent être complétées par des subventions. Les collectivités locales parviennent généralement à maintenir le coût par visiteur en dessous de dix euros et le taux d'autofinancement au-dessus de 30 %.
Mais les élus préfèrent valoriser les retombées indirectes. Les musées peuvent drainer des flux importants de visiteurs qui font tourner les commerces, restaurants et hôtels du cru. Ils dynamisent l'image des territoires et incitent les entreprises à s'y installer. A Albi, qui a pris en charge 22 % des 33 millions de la rénovation du musée Toulouse-Lautrec et lui verse chaque année 500 000 euros de subvention, l'adjointe au maire, Stéphanie Guiraud-Chaumeil, estime qu'il s'agit d'un "investissement rentable", eu égard à l'augmentation du nombre de visiteurs (160 000 par an) et de sa contribution à la notoriété d'Albi. La communauté d'agglomération Metz Métropole ne regrette pas non plus d'avoir financé les deux tiers des 43 millions d'euros de la construction du Centre Pompidou. Celui-ci a déjà attiré un million de visiteurs. Selon un sondage du cabinet Quali Test, chacun dépenserait en moyenne 142 euros. Les hôtels messins ont vu leurs nuitées progresser d'environ 20 % depuis l'inauguration.
Mais ces retombées touristiques sont loin de compenser le départ de 6 000 militaires. Pour gagner son pari, Metz doit attirer logements et entreprises dans le nouveau quartier de l'Amphithéâtre qui jouxte la gare TGV et le Centre Beaubourg. Sans projet de rénovation urbaine alentour, la création d'un musée ne suffit pas à redynamiser un territoire, confirme le géographe Bruno Lusso. Et de pointer le cas du musée d'Art contemporain de Mons qui n'a pas fait revenir les investisseurs dans le bassin minier. Lens, qui attend 700 000 visiteurs la première année d'ouverture de l'annexe du Louvre, semble avoir mieux engagé la partie. Sylvain Robert, chargé du développement économique, pointe déjà quatre nouveaux hôtels totalisant 400 chambres, l'intérêt de grandes enseignes textiles (H&M) et l'accélération de la rénovation du centre-ville.
A l'inverse, les retombées économiques ne sont pas la préoccupation première du Mac/Val de Vitry-sur-Seine inauguré en 2003. Cet établissement a adopté une politique tarifaire visant à rendre la culture accessible aux banlieues défavorisées. Résultat, le Mac/Val ne couvre par ses recettes propres que 5 % de son budget de fonctionnement (le département paie le reste), ce qui propulse le coût par visiteur à près de 80 euros en 2010 avec 71 206 entrées. Soit à un niveau très supérieur à celui du musée Chirac de Sarran (30 euros par visiteur) qui a été épinglé par la chambre régionale des comptes.
Frédéric Brillet