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TERRITOIRES / 05/03/2012

Gouvernements : le vivier bruxellois

L'Européen devient une denrée recherchée dans tout nouveau gouvernement. Une dizaine de pays sont ainsi partis piocher à Bruxelles le profil gouvernemental manquant. Mario Monti est l'exemple le plus frappant, lui qui a fait ses classes, durant dix ans à Bruxelles, comme commissaire au Marché intérieur puis à la Concurrence avant de prendre la tête d'une Italie en déconfiture. Son homologue danoise, Helle Thorning-Schmidt, a suivi le collège de Bruges, qui forme les élites européennes, puis a siégé comme euro- députée jusqu'en 2004.

Rare est aujourd'hui le gouvernement qui se constitue sans avoir un ex-commissaire ou un ex-eurodéputé pour occuper un poste clé. "C'est la preuve que notre expérience est précieuse", se réjouit Michel Barnier. A la présidence de la Lituanie, on trouve Dalia Grybauskaité, l'ex-commissaire au Budget. Son collègue chargé de l'environnement, Stavros Dimas, est devenu ministre des Affaires étrangères en Grèce, tout comme son ex-collègue au multilinguisme, Leonard Orban, en Roumanie. En Bulgarie, Nikolaï Mladenov, le ministre des Affaires étrangères, était jusqu'ici eurodéputé.

En Espagne, c'est un autre eurodéputé en vue, Íñigo Méndez de Vigo, qui oeuvre à ce poste. En Suède, même parcours pour la ministre des Affaires européennes, Cecilia Malmström, comme pour sa collègue de l'Environnement, Lena Ek, ex-rapporteure de la directive Reach. En Finlande, leur collègue, Alexander Stubb, est aujourd'hui chargé du Commerce. "Dans certaines réunions, commente un participant au Conseil des minis- tres, on a l'impression de se retrouver au Parlement européen !"

La conjoncture joue surtout dans les nouveaux Etats membres, où il a fallu trouver rapidement des personnes compétentes sur les questions communautaires. Bruxelles a alors constitué un vivier naturel. Mais, pour plusieurs experts, ces nominations reflètent une tendance de fond. "Auparavant, les trajectoires politiques, nationale et européenne, se situaient sur deux échelons différents", analyse Jaume Duch, le directeur des relations publiques du Parlement européen. Aller à Bruxelles, c'était au mieux un placard doré pour personnalités en fin de carrière. Aujourd'hui, avoir un passage dans une institution européenne est une étape dans la carrière nationale.

"Le député européen qui vient ici à 35-40 ans dispose d'une large autonomie. Il peut gagner une expérience, tisser des liens utiles", précise-t-il. "Avoir fait ses classes ici constitue un excellent marchepied pour se propulser ou pour rebondir, note un porte-parole de la Commission. Quand un chef de gouvernement compose son équipe, il doit veiller à un certain équilibre entre tendances politiques, régions, parité... Maintenant, il doit veiller aussi à un certain équilibre européen."

C'est un "signal de l'importance acquise par l'UE dans ces pays", concède Xavier Delcourt, professeur à l'université de Strasbourg. "Mais ce phénomène semble limité pour l'instant aux nouveaux Etats membres ou aux Etats de taille moyenne." Les "grands pays", surtout à l'ouest du continent, font de la résistance. Les trajectoires de Peter Mandelson ou de Michel Barnier ont été relativement courtes quand ils sont revenus au plan national. Et nul ne prédit un avenir très glorieux à la Britannique Catherine Ashton.

Le turnover des ministres chargés des Affaires européennes en France est aussi remarqué à la Commission et considéré comme la marque d'un désintérêt. L'Allemagne n'est pas plus "cotée" à l'égard de ses "anciens". L'ex-commissaire à l'Industrie, Gün- ther Verheugen, a disparu de la scène politique. Quant à son successeur, Günther Oettinger, il ne semble pas mieux parti. "Il était président de région ; cela semble être le maximum qu'il puisse espérer", lâche un officiel de la Commission. Au Parlement, Jaume Duch reste optimiste. "Les matières européennes sont de plus en plus complexes. Un gouvernement ne peut plus se payer le luxe de nommer un novice." Et de prédire, avec la crise de la zone euro : "On aura de plus en plus de ministres de l'Economie venus de Bruxelles."

De plus en plus de commissaires et d'eurodéputés sont propulsés à des postes clés dans leurs pays.

Les commissaires en vue

Kristalina Georgieva est une des personnalités qu'il faudra suivre ; la Bulgare chargée de l'aide humanitaire, formée à l'école de la Banque mondiale, pourrait être un recours en cas de crise gouvernementale. Le Polonais Janusz Lewandowski, chargé du budget, qui soigne son image dans son pays, tout comme l'Italien Antonio Tajani (entreprises) ou le Maltais John Dalli (santé) comptent aussi rebondir, le moment venu. Viviane Reding, qui en est à son troisième mandat, pourrait bien prendre le relais de Jean-Claude Juncker à la tête du Luxembourg. Quant au président de la Commission, José Manuel Barroso, il rêve d'un autre destin... aux Nations unies.

Cette semaine, dans la rubrique TERRITOIRES