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Les zigzags gouvernementaux et les signaux contradictoires adressés au monde de l'entreprise (loi Florange succédant aux mesures en faveur des entrepreneurs, polémique sur Dailymotion) n'en finissent pas de décontenancer les patrons. Certains, proches du pouvoir, se désolent : "On n'arrivera pas à faire de la social-démocratie en France. Face à tous les obstacles rencontrés, on a l'impression que le pays n'a pas bougé depuis trente ans !" Un PDG de l'industrie souligne que l'option sociale-démocrate portée par le chef de l'Etat dans l'UE n'a pas d'avenir "parce que la plupart des pays de l'UE n'en veulent pas et que, dans l'Hexagone, il n'y plus d'argent à redistribuer".
Nombre de patrons se radicalisent. Certains ne cachent pas qu'ils ont renoncé à rencontrer Emmanuel Macron ou à se rendre à Bercy, dont l'action serait rendue illisible par la concurrence de pas moins de sept ministres. Ce durcissement patronal semble faire le jeu du candidat Gattaz au Medef et, sur le plan politique, de l'hypothèse Fillon en vue de l'alternance. La cote de ce dernier se renforce parmi les patrons qui voient en lui l'exact envers de François Hollande. "On a besoin d'un dirigeant qui incarne l'autorité et fasse preuve de constance", insiste l'un d'eux.
Alors que la Commission européenne semble entrevoir un début de reprise en France à la fin de l'année, les dirigeants de plusieurs groupes industriels voient, eux, leur avenir plombé jusqu'à la fin 2014. Des activités comme le textile risquent de connaître, elles, des à-coups. Les ventes se sont nettement redressées en avril, mais le mois de mai risque d'être obéré par la multiplication des jours fériés. Les groupes de communication devraient annoncer des résultats en berne pour le premier trimestre, à l'instar de TF1, frappé par la chute des rentrées publicitaires. Ce qui risque, au siège de Boulogne-Billancourt, d'alimenter les critiques sur la gestion, dans ce domaine, de Laurent Solly, parti à Facebook, et de durcir encore les conditions de son plan "Fitness". D'autres groupes, de divers secteurs, pourraient connaître aussi des mouvements internes. Pour le poste du futur PDG d'Accor, Sven Boinet, ex-numéro deux du groupe, bénéficierait d'une forte cote auprès du tandem des fonds actionnaires du groupe.
Paradoxalement, François Hollande compte jouer quelques cartes pour surmonter ce mois de mai annoncé comme critique pour lui. D'abord, au moment où de nombreuses personnalités politiques sont décriées quant à leur probité ou leur ego, il veut s'appuyer sur Jean-Marc Ayrault, devenu une valeur refuge. Le dossier Guéant, qui devrait continuer à prospérer dans les médias et à travers différentes enquêtes administrative et judiciaire et qui pourrait mettre en cause d'autres figures de la Sarkozie, arrive aussi opportunément pour resserrer les rangs à gauche et justifier le train de mesures pour la moralisation de la vie publique. Sévère sur les prophéties autoréalisatrices du microcosme parisien comme sur la radicalisation de plusieurs dirigeants de l'opposition, Hollande s'est fixé dans l'immédiat une double priorité : réussir son grand oral devant la presse le 16 mai et recoller les morceaux avec Angela Merkel, après les excès de ces derniers jours.