Résistances >
Comment le gouvernement pourrait-il sérieusement avancer sur le pacte de responsabilité et la réduction des dépenses publiques à quelques semaines de deux échéances électorales dont les dernières remontées sur le terrain augurent d'un vrai coup de tabac? Classe politique comme dirigeants d'entreprise se montrent de plus en plus dubitatifs. L'exécutif, qui a passé consigne de discrétion absolue sur le contenu des concertations en cours et sur le travail interministériel pour éviter les annonces anxiogènes, s'attend à de sérieuses passes d'armes tant avec la majorité qu'avec les groupes de pression. Bercy devra composer avec le rapporteur Christian Eckert et des parlementaires PS impatients d'apposer leur plus-value. Au PS, les piques vont monter contre le Medef, soupçonné d'être peu enclin à prendre des engagements. D'autant que les relations sont de plus en plus tendues au sein de l'organisation patronale entre Geoffroy Roux de Bézieux, adepte d'une ligne dure, et Pierre Gattaz, plus accommodant. Une vive discussion aurait d'ailleurs opposé ces derniers à la veille des Assises sur la fiscalité. Des élus PS, tel Thomas Thévenoud, estiment d'ailleurs que l'observatoire des contreparties concernant le pacte de responsabilité devrait revenir au Parlement.
Dans ce contexte troublé, autorités administratives, régulateurs et juridictions font de la résistance. Et leurs dirigeants apparaissent incontournables, tant Isabelle Falque-Pierrotin, reconduite à la Cnil, que Bruno Lasserre à l'Autorité de la concurrence. Quant au jugement du Conseil d'Etat sur les VTC, il sonne comme un coup de semonce sur les projets de décrets mal ficelés et qui ne sont que l'aboutissement de pressions d'acteurs divers soucieux de préserver leur rente. Et nul doute que les juges du Palais-Royal regarderont aussi d'un oeil pointu un autre projet de décret concernant les titres restaurant. Un texte dont certains opérateurs disent qu'il est bancal et porte en germe des dispositions qui handicapent l'émergence de nouveaux entrants, au bénéfice des émetteurs historiques du chèque papier.
Dans la majorité, mais aussi chez les centristes, des voix s'élèvent pour que François Hollande révise complètement son dispositif gouvernemental avec la mise en place d'une équipe resserrée de 15 ministres. Manuel Valls, en multipliant les interventions en dehors de son strict périmètre, persiste dans sa ligne de transgression, persuadé de bâtir une image personnelle pour le long terme. Pendant ce temps, Jean-Marc Ayrault, jusqu'ici étroitement soutenu par le chef de l'Etat, fait de la résistance et tente d'échapper aux manoeuvres de contournement. Deux écoles s'affrontent concernant les intentions réelles du Président. Pour les uns, il multiplie les signes (discours pro-entreprises, ajournement de la loi sur la famille, tentatives en coulisse de sauver le soldat Bayrou à Pau... ) qui amplifieront le virage social-démocrate, depuis le contenu des réformes jusqu'à l'équipage. Et ce rendez-vous pourrait se concrétiser juste après les Européennes. Pour d'autres, Hollande finira par trancher, sans plan préalable précis, lorsqu'il ne pourra plus faire autrement et y sera acculé. Comme le suggère un de ses proches, convoquant une formule répandue en Afrique : " Il a l'impression que parce qu'il a parlé, les choses qu'il énonce sont déjà mises en oeuvre ! "