Bourrasques
L'Hexagone, confronté à la guerre économique avec les Etats-Unis, inspire toutes sortes de jugements. Un PDG estime ainsi que la rudesse de l'Oncle Sam s'explique par la faiblesse du pouvoir politique en France. Le dossier BNP Paribas aura de nombreuses conséquences. Après le départ de Georges Chodron de Courcel, certains, en interne, s'attendent à des modifications à terme dans l'organigramme, avec le départ - démenti - de Baudouin Prot ou encore celui d'Alain Papiasse, DG adjoint chargé de la banque de financement et d'investissement (Eric Raynaud, patron de la zone Asie-Pacifique, est cité pour lui succéder). Deux schémas sont évoqués pour atténuer le choc et remotiver les équipes : Jean-Laurent Bonnafé prendrait la présidence en se dotant d'un DG comme François Villeroy de Galhau, ou bien Michel Pébereau reprendrait temporairement du service, la première hypothèse se heurtant à quelques résistances internes. En termes de business, la facture américaine pourrait aussi contraindre la banque de la rue d'Antin à un nouveau durcissement en matière de réduction des coûts.
L'onde de choc pourrait s'étendre à d'autres banques françaises qui ont engagé une revue de leurs activités sur le même sujet. Principal risque vu du gouvernement : l'affaiblissement de la place de Paris. Réflexion d'un conseiller de Bercy : " Paris a jadis perdu un combat pour les actions au profit de Londres, puis un deuxième sur l'obligataire en direction de Francfort. Paris est menacé d'en perdre un troisième toujours au bénéfice de Londres et de Francfort sur le chapitre de la régulation. "
Sur le dossier Alstom, le ton risque de monter à nouveau entre Français et Américains. Les partisans de la solution de reprise par General Electric ont commencé à marteler le risque d'un démantèlement d'Alstom si l'option Mitsubishi était retenue. De son côté, Arnaud Montebourg se félicite de l'émergence de ce plan C qui repose sur différents partenariats et coentreprises. La bataille économique s'est corsée de l'épisode de l'éventuel départ de l'APE de David Azéma, pour aller diriger le bureau parisien de Bank of America-Merrill Lynch, laquelle est aussi banque conseil d'Alstom.
A l'Elysée, la reconfiguration de l'équipe entourant François Hollande procède plutôt d'une certaine improvisation. La plupart des partants ont choisi de le faire, par lassitude ou épuisement. " Il s'agit de boucher les trous d'une équipe qui traverse la tempête et tangue pas mal ", admet un proche du Château. La nomination de Laurence Boone, jusqu'ici économiste à Bank of America, est révélatrice. Ce choix marque en creux la vulnérabilité de Paris par rapport aux agences de notation, avec une vraie angoisse sur la conjoncture et sur la capacité à convaincre les marchés.
La réunion cette semaine de la Fed devrait aboutir à la sortie d'un communiqué, ce mercredi, au ton un peu plus dur, signalant une augmentation de l'emploi et une petite hausse de l'inf lation. Seront aussi discutés la possible révision à la baisse de la croissance pour 2014, après le mauvais premier trimestre, ainsi que le niveau maximal des taux courts. Après avoir été anticipés à 4 %, les économistes de la Fed évoquent de 3 à 2,5 % comme limite supérieure.