Nouveau braquet
L e président – et plus généralement le couple exécutif – a repris la main. Indubitablement, l'activisme de François Hollande, tant lors de ses périples lointains que sur la scène intérieure, a regonf lé le moral des troupes. La machine tourne mieux, la communication imprime davantage et la stature présidentielle continue à se conforter, voire à vraiment naître au quotidien, dixit les sceptiques. Un signe qui ne trompe pas : les grands barons (Royal, Aubry, Bartolone…) voient leur stratégie scrutée par rapport au rôle que leur prêterait le président. Subliminalement, une équipe de campagne est en train de se constituer pour 2017. Sur le front économique, la France semble moins au cœur des préoccupations de Bruxelles, le pouvoir engrange des indicateurs positifs. Même si le deuxième trimestre 2015 s'annonce moins prometteur en termes de croissance du PIB à cause des ponts de mai.
Parallèlement, le climat politique se durcit, ce qui n'est pas un inconvénient pour le pouvoir, impatient de voir Les Républicains se découvrir. Ces derniers vont politiser la bataille francilienne Pécresse-Bartolone, en martelant que voter Bartolone c'est voter Hollande. L'opposition va continuer à cogner contre la réforme des collèges, tandis que le gouvernement pense avoir limité les risques de coagulation contre le projet redouté par Julien Dray, grâce aux demi-ouvertures de Najat Vallaud-Belkacem sur les points les plus discutés. Cette semaine sera décisive pour calmer ou non le jeu. Certains, au PS, regrettent que Ségolène Royal ne soit pas aux commandes de la Rue de Grenelle, au motif que son affirmation de l'autorité et des fondamentaux aurait fait merveille dans le contexte actuel.
La vivacité des débats gagne jusqu'aux forums organisés l'autre samedi sur le parvis de la mairie de Paris pour la Journée de l'Europe. Lors d'un débat sur la culture, des quidams sont venus interpeller les intervenants avec des points de vue souverainistes ou proches du FN. Au point que certains orateurs ont glissé en privé qu'il ne servait à rien d'exclure sur les plateaux des représentants de cette tendance. Dans un autre registre, choquées notamment par le livred'Emmanuel Todd sur le 11 janvier, des personnalités font passer le message à l'Elysée que le chef de l'Etat devrait investir le thème de la fraternité. Pour l'heure, le Château reste prudent sur le sujet, peut-être en raison des connotations de ce thème qui pourraient être mal comprises. Hollande n'exclurait pas cependant d'en parler lors du 14 Juillet.
A droite, le climat est faussement confiant et les interrogations s'accroissent. La faute au tempo du chef de l'Etat qui a visiblement changé de braquet et aux à-coups de la campagne de Nicolas Sarkozy. Des cadres s'inquiétent des prises de parole border line d'élus locaux qui pourraient faire du tort au collectif et exacerber les tensions entre les cadors du parti. Des stratèges électoraux du mouvement redoutent aussi que les résultats soient plus serrés que prévu dans deux régions. En Ile-de-France, à cause de l'équation Bartolone et du risque de déperditions de voix chez certains « meilleurs ennemis » de Valérie Pécresse, et en Rhône-Alpes, où Laurent Wauquiez pourrait pâtir de la résistance de ses adversaires chez les centristes et à l'UMP.