Fossés >
C onflit avec les taxis, attentat terroriste en Isère : les deux événements, très différents, relèguent au second plan chez les responsables politiques et chez les Français le débat lancinant sur la reprise économique, annoncée par de nombreux indicateurs, mais non confirmée dans les chiffres toujours ascendants du chômage. L'exécutif doit gérer en urgence des problèmes régaliens et de « vivre ensemble » : d'un côté, avec Uber , des francs-tireurs de l'économie collaborative face à des corporations en crise (succédané du classique antagonisme public-privé), de l'autre, la cohabitation entre communautés face à l'arrivée de migrants. Sur les deux dossiers, les fossés se creusent : concernant les taxis, entre la société civile, plutôt bienveillante à l'égard d'Uber, et la classe politique solidaire des taxis ; concernant l'accueil des migrants, entre la politique généreuse et régulatrice de l'UE et les stratégies de plusieurs Etats (France, Hongrie, Pologne…), plus réservés sur le sujet, mais à des degrés différents.
Le sentiment de désordre se constate également sur le front social. En privé, Laurent Berger (CFDT) se montre sévère sur le comportement de certains groupes (Vallourec, Otis…) concernant leur gestion des conséquences sociales de certaines décisions stratégiques sensibles (rectification de périmètre, fermeture de sites…). A propos du conflit de l'AP-HP sur l'organisation du temps de travail, il pointe que « Martin Hirsch s 'est emmêlé les pinceaux en voulant dégainer trop vite sur le sujet », même si « cela s'améliore maintenant ». Ardent militant du dialogue social, Berger souhaite par ailleurs que la prochaine présidence du Cese revienne à un représentant de la société civile, et non à un politique parachuté par le pouvoir. Ce qui redonne tout son sens à la démarche de Patrick Bernasconi pour remplacer Jean-Paul Delevoye.
L'approche de 2017 suscite des mouvements divers dans la haute fonction publique. Certains hésitent à bouger pour ne pas donner l'impression de devoir leur promotion à la gauche, si la droite l'emportait à la présidentielle. Des hauts cadres, de gauche, tentent de se recaser à des postes moins exposés et présumés plus pérennes. Parallèlement, l'Elysée adapte son dispositif dans l'appareil d'Etat. Ainsi, l'arrivée probable à l'intelligence économique de Jean-Baptiste Carpentier , IGF, ex-membre de cabinets de droite, influence des grands corps aidant, viserait aussi à mettre en place à la tête de Tracfin un responsable plus en phase avec le pouvoir. Le nom du procureur de la République de Melun, Bruno Dalles , est notamment cité.
Pendant ce temps, Alain Juppé – le premier à droite à avoir réagi à l'attentat isérois – est en train d'accélérer. Les groupes de travail lancés pour alimenter le futur candidat auditionnent à tour de bras des personnalités de tous bords. Pressé par ses proches de davantage se découvrir, le maire de Bordeaux continue à temporiser mais ses fidèles le sentent déterminé à rendre coup pour coup à son meilleur ennemi, Nicolas Sarkozy. Certains souhaiteraient qu'il exprime à la rentrée un « récit pour la France », définissant son projet. Des visiteurs de François Hollande savent, en tout cas, eux, qu'il n'y a qu'un sujet qui crispe systématiquement ce dernier : Alain Juppé et la campagne présidentielle qu'il pourrait conduire.