Vietnam, nouvelle Silicon Valley
Quand un chef d'Etat est en voyage officiel au Vietnam, il ne manque pas de rendre visite à l'une des nombreuses petites entreprises innovantes dans le domaine de l'Internet qui fleurissent à Hô Chi Minh-Ville. Comme Barack Obama en mai, François Hollande est allé en septembre dans l'ex-Saigon, capitale économique du pays et berceau des nouvelles technologies vietnamiennes. Dans cette « Silicon Valley », les start-up sont en plein essor, portées par des jeunes formés aux Etats-Unis, en France mais aussi dans les universités du pays, jusqu'ici plutôt réputé pour ses industries manufacturières.
Car le Vietnam a la bosse des maths. Il compte de très bons techniciens et informaticiens. D'après le dernier classement de l'OCDE datant de 2012, il se place même devant les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France en mathématiques et en sciences. Il est aujourd'hui une bonne solution de remplacement face à l'Inde, notamment pour les petites structures. Une grande partie des tech-nologies, comme les applications mobiles ou les logiciels d'e-commerce, sont destinées aux consommateurs locaux dans un pays où l'âge médian est de 30 ans et la connectivité à Internet est en pleine expansion. « Le pays est jeune et tourné vers les domaines scientif iques », dit Thuy Bui, directeur Vietnam de Linkby-net, société informa-tique française installée sur place depuis deux ans et qu'a visitée François Hollande. « Les universités vietnamiennes sont en pointe dans ce secteur. »
D'autres sociétés à capitaux français sont également présentes, notamment Leflair, un site d'e-commerce dirigé par Pierre-Antoine Brun. Sur le modèle de Vente-privée, il propose à la classe moyenne de s'offrir du luxe français à petit prix. Des initiatives qui se multiplient. Les Américains, eux, sont beaucoup plus avancés : Intel est au Vietnam depuis dix ans et Google a déjà fait de Hô Chi Minh-Ville son centre de développement régional après avoir été bouté hors de Chine pour des raisons politiques.
Un potentiel qui n'échappe pas à la diaspora vietnamienne installée en France et aux Etats-Unis. Pour Eddie Tang, Américain né de parents vietnamiens, le potentiel du pays est évident : 90 millions d'habitants, 45 millions d'internautes, 30 millions de personnes possédant un smartphone. « Le marché local est grand, jeune, avec une croissance rapide et n'est pas encore saturé », analyse-t-il. Responsable de 500 Startups, fonds d'investissement tourné vers les nouvelles technologies, il surfe sur le dynamisme d'un pays où les jeunes sont de plus en plus nombreux à étudier à l'étranger, pour y revenir ensuite car « les opportunités sont au Vietnam ».
« Après mes études et quelques années de travail en France, j'avais envie de rentrer pour participer à la croissance du pays », raconte Hau Nguyen, de la société informatique Off icience. L'Hexagone reste, hors Asie, la troisième destination derrière les Etats-Unis et l'Australie pour les étudiants vietnamiens. Au total, 6500 d'entre eux viennent y étudier chaque année. Ces jeunes sont un vivier essentiel pour les nouvelles sociétés, intéressées par cette main-d'œuvre bon marché. Parallèlement, le gouvernement investit pour promouvoir l'informatique dans les universités vietnamiennes. D'après les médias d'Etat, le chiffre d'affaires du high-tech a atteint 2,7 milliards d'euros l'an passé, contre 2 milliards en 2010.
Le gouvernement a par ailleurs des-siné une stratégie pour le secteur et a fondé à Hô Chi Minh-Ville, en 2013, la « Vietnam Silicon Valley » afin de créer un « écosystème pour les innovations et la commercialisation de la technologie ». « Le Vietnam est en train de s'élever dans la chaîne de valeur », analyse Romain Caillaud, directeur Asie du Sud-Est pour FTI Consulting. « Le secteur grossit, parce que le pays a fait des choix judicieux en termes d'avantages fiscaux et d'attracti-vité pour les investissements étrangers. » Mais l'économie reste sous la coupe de l'Etat, et les déboires restent nombreux. « Il faut savoir graisser quelques pattes pour réussir », confie un chef d'entreprise français qui souligne la nécessité d'avoir « un comptable de confiance ». « Le Vietnam a un potentiel technologique caché, mais cela pourrait prendre cinq ans pour voir apparaître de grandes entreprises à l'inf luence mondiale », estime Anh-Minh Do, analyste pour Vertex Venture Holdings.
LES AMBITIONS TRICOLORES
Le Vietnam est le premier partenaire de la France au sein de l'Asean. Avec une croissance de 6,7 % en 2015 et un niveau de pauvreté qui est passé de 58 à 14 % ces quinze dernières années, ce Tigre est un enjeu économique pour l'Hexagone. On compte 3 000 entreprises tricolores au Vietnam et 90 % d'entre elles sont implantées à Hô Chi Minh-Ville. « Mais il faut faire davantage », explique Phan Van Truong, conseiller du commerce extérieur au Vietnam. Car les parts de marché de la France ont reculé depuis vingt ans, si bien qu'elle n'est plus que le 17e fournisseur du pays (avions, armes, biens d'équipement), représentant ainsi 0,8 % de ses importations.