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Tendance / 05/12/2016

Mikado

Tant de têtes sont tombées en quinze jours que la classe politique se demande désormais : à qui le tour? Comme si les Français en colère cherchaient à trouver un « troisième homme », de synthèse ou de dépassement. Après François Fillon, qui a sorti Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, quel leader créera une dynamique au sein du quatuor Valls-Montebourg-Macron-Mélenchon? Des macronistes voudraient croire que leur champion pourra pousser dehors à la fois Montebourg et Valls. Une victoire de l'ex-ministre du Redressement productif à la primaire propulserait la candidature Macron, qui rallierait alors une partie des hollandais et de l'électorat centre-gauche. Au point de menacer pour le second tour la candidate du FN, déjà fragilisée par le positionnement de Fillon ?


Les prochains jours vont être décisifs pour Manuel Valls et… le reclassement des hollandais. François Hollande ne compte pas indiquer sa préférence à la primaire afin de se poser au-dessus de la mêlée. Mais quelle autonomie laissera-t-il à ses fidèles ? A priori, l'instinct de survie des socialistes devrait assurer la qualification de Valls face à Montebourg. La Rue de Solferino fera pression à travers les investitures législatives pour stopper toute hémorragie en direction de Macron. Mais certains élus locaux et cadres, libérés par le retrait du chef de l'Etat, pourraient faire mouvement vers ce dernier. Le choix de Ségolène Royal, qui a toujours ménagé Macron, sera scruté de près. Par ailleurs, certains ont noté l'utilisation du terme « progressiste », mantra de l'ex-ministre de l'Economie, dans l'allocution du président.


A droite, des responsables s'inquiètent du caractère volatil de l'opinion, qui aime déboulonner les favoris. François Fillon paraît objectivement très bien placé, les Français semblant favorables à un électrochoc et hostiles aux approches modérées. Mais le député juppéiste des Bouches-du-Rhône, Christian Kert, prévient d'emblée : « Si Fillon n'a pas adapté son programme d'ici là, on peut prévoir un été indien en France à la rentrée 2017 ! » L'équipe Fillon a juste quelques petites semaines pour annihiler la critique grandissante sur le thème du candidat ultralibéral, trop dur avec les catégories populaires. Jusqu'à l'éventuelle promotion d'Henri de Castries à Bercy, qui inquiète certains politiques et patrons proches sur un double registre : le manque de fibre sociale et le cuir pas assez épais face aux attaques politiques de toutes sortes.


Outre ses raisons personnelles et politiques, François Hollande a tenu compte pour sa décision des perspectives économiques incertaines qui pourraient obscurcir les premiers mois du futur gouvernement. Les taux d'intérêt sont repartis à la hausse tout comme les prix du pétrole, même si ces inflexions ne devraient être que limitées. Mario Draghi pourrait, le moment venu, devenir moins accommodant et resserrer sa politique monétaire, ce qui contraindrait l'Hexagone, hors les clous, à se voir administrer un nouveau serrage de vis sur ses finances publiques. Pour l'instant, en raison de l'incertitude politique, les industriels s'alarment que de nombreux contrats militaires ou d'infrastructures restent en suspens ou sont carrément gelés, en Arabie saoudite ou dans les Emirats arabes unis. De son côté, Alger est déstabilisé par la mise hors jeu de ses favoris, Alain Juppé et François Hollande.


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