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Tendance / 13/03/2017

Majorités

Le revenant Fillon est persuadé de pouvoir créer la surprise. Estimant avoir clarifié les choses, il espère profiter des débats télé pour imposer sa stature et ramener Emmanuel Macron « dans le couloir de gauche ». La percée sondagière du candidat d'En marche ! mais affaiblie par une certitude de vote très faible, rappelle aux fillonistes la candidature Balladur en 1995, in fine coiffée sur le poteau par Jacques Chirac. François Fillon va cependant corriger certains excès de langage pour faire la pédagogie de ses réformes. Après avoir fait trop peur, il s'agit d'amadouer et de regagner du terrain dans la majorité silencieuse. Tout en distillant quelques mesures à l'intention des catégories populaires qui vont, grâce aux débats télé, vraiment se sentir concernées par la campagne.

 

Face au clivage droite-gauche que Fillon, mais aussi Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, entendent faire resurgir, Emmanuel Macron va continuer à surfer sur l'idée d'une majorité au centre et sur le renouvellement de la classe politique. Ce qui soulève deux questions que ses opposants entendent exploiter : s'il gagne, quelle sera sa majorité à l'Assemblée nationale ? Quelle sera l'opposition au gouvernement Macron, sinon le seul FN ? Par ailleurs, l'entrée dans l'atmosphère macroniste du contingent de ministres hollandais risque de faire tanguer au centre-droit du dispositif du candidat. Et des compagnonnages baroques – Alain Madelin et Robert Hue ralliés à Macron – vont faire l'objet de sarcasmes. Au niveau des grandes collectivités, l'émergence d'éventuels groupes macronistes risque aussi de perturber des équilibres locaux. Dans ce contexte, des proches de Macron lui recommandent actuellement de commencer à préciser l'architecture de sa future majorité parlementaire.

 

Dans le camp Macron, on considère que le souhait d'une nouvelle majorité au-delà des clivages traditionnels est dominant dans l'électorat. On est persuadé que Macron élu à l'Elysée, il n'aura aucune difficulté à disposer d'une majorité à l'Assemblée. Une certitude contrée par certains politologues qui estiment que les électeurs déçus de Fillon, de Hamon et de Mélenchon pourraient alors se venger dans les urnes en laissant gagner Marine Le Pen. En réalité, les partisans de l'union nationale auraient deux occasions de la réaliser, comme l'explique un stratège électoral : « D'abord, dans l'entre-deux-tours de la présidentielle face à Le Pen, mais elle pourrait ne pas survivre aux législatives. Ensuite, en cas de victoire de Marine Le Pen, cette union nationale s'incarnerait dans un gouvernement de cohabitation réunissant droite et gauche. »

 

Le risque FN sur la présidentielle française et celui d'un Frexit continuent d'inquiéter nos voisins européens et la communauté financière. Les fonds souverains asiatiques et du Moyen-Orient multiplient les consultations à ce sujet. De son côté, Mario Draghi confie à des proches qu'il est satisfait d'avoir réussi à coaguler autour de lui une forte majorité pour gérer la politique monétaire dans ces moments politiques délicats pour l'Europe. En effet, Jens Weidmann, qui a été son principal opposant de calibre, a reçu un message d'Angela Merkel lui demandant de calmer ses ardeurs et d'appuyer SuperMario. En pratique, Merkel ne veut pas de changement de politique monétaire avant les élections allemandes, cet automne.

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23/09/2023