Absolu >
S écuriser une majorité absolue pour LREM à l'Assemblée nationale. Outre l'impact de l'apport de trois ministres de droite, Emmanuel Macron compte sur son style « tranchant » pour séduire, d'ici au scrutin, une partie du peuple de droite, voire une fraction du vote protestataire.
Alexandre Orlov, ambassadeur de Russie à Paris, a lui aussi pris le virage : il se félicite du bon départ de la relation du chef de l'Etat avec Vladimir Poutine, et pointe chez lui un dirigeant autoritaire, imprégné de culture, qui lui rappelle François Mitterrand. En ajoutant que le terme « autoritaire » déplaît en France aux commentateurs, qui lui préfèrent celui de « très personnel ».
Les stratèges de l'Elysée ont fait leurs calculs. Au-delà d'un score de 28 %, les candidats LREM peuvent espérer la majorité absolue. En se neutralisant, les candidats concurrents (FN, France insoumise…) auront tendance à amplifier la percée de LREM. L'exécutif se projette déjà dans l'organisation de la future majorité à l'Assemblée en songeant à propulser des figures fortes à la présidence du Palais-Bourbon et du groupe LREM, prenant le contre-pied des présidences jugées flottantes de Claude Bartolone et de Bruno Le Roux. Pour l'heure, l'exécutif a gelé l'annonce de décisions clivantes, va mettre au cœur des débats la réforme sur la moralisation de la vie publique et montrer ses bonnes intentions à l'égard des organisations syndicales, des écologistes et du monde entrepreneurial. « Bonaparte et ses généraux d'Empire de l'ENA sont de retour », glisse un cacique de la haute administration, à qui la période rappelle le début de la Ve République. Loin de l'autoritarisme jugé brouillon d'un Manuel Valls, l'autorité en majesté…
Après la composition surprise du casting d'Edouard Philippe, plusieurs recalés (Franck Riester, Sébastien Lecornu, Philippe Folliot…) espèrent faire partie d'un Philippe 2 après les législatives. D'autant que certains secteurs semblent mal identifiés dans l'organigramme : logement, PME-ETI, anciens combattants, communication… Concernant celle-ci, Vincent Leclabart, président de l'Association des agences-conseils en communication, voudrait voir la communication et la publicité rattachées à Bercy et à Bruno Le Maire, alors que, traditionnellement, le secteur est rattaché à la Culture. Une évolution qu'il considère logique après des rapprochements qui se sont concrétisés avec le secrétariat d'Etat à l'Industrie et au Numérique (contrat de filière). Par ailleurs, le monde du business regrette l'absence de figure patronale dans le casting de Bercy, trusté par deux « politiques », Le Maire et Gérald Darmanin.
Le chamboule-tout présidentiel percute plus que prévu l'échiquier politique, où Les Républicains s'attendent à une scission post-législatives. Des figures du Parlement s'effacent, ce qui accroît le risque d'une Assemblée comportant peu de députés expérimentés, favorisant du coup les desseins de l'exécutif. Le choix de Laurent Wauquiez de renoncer à son mandat parlementaire pour présider la région Auvergne-Rhône-Alpes est révélatrice des nouveaux équilibres. Ce leader de la possible opposition ne s'exprimera donc plus au Parlement ! Décryptage d'un proche : « Wauquiez n'avait pas anticipé que Macron aurait un tel succès face à la droite, et il considère avoir plus de poids en conservant la région pour avoir la main à LR face à Xavier Bertrand. »