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TERRITOIRES / 09/06/2017

Les prochains rendez-vous du Rafale

Défense. Impossible de se reposer sur les récentes réussites commerciales du Rafale ! Le plan de vol de Dassault s’annonce en effet semé d’embûches, ces prochaines années, pour pérenniser les capacités de supériorité aérienne de son appareil.



A la veille du 52e Salon du Bourget, les industriels français de l'aéronautique militaire s'interrogent. Parviendront-ils à renouveler les succès à l'export du précédent quinquennat ? La ministre Sylvie Goulard sera en tout cas jugée à l'aune de ce résultat. Avec des rendez-vous… dès demain ! Au Canada notamment, où va être lancé un (nouvel) appel d'offres qualifié de « large, ouvert et transparent » pour remplacer les F-18 vieillissants. Si tel est vraiment le cas, Dassault s'engagera avec son Rafale sur un marché qui semblait promis au F-35 de Lockheed Martin jusqu'à l'élection de Justin Trudeau. Au plan gouvernemental, il faudra alors retrouver la méthode gagnante des années Le Drian. Peut-être au prix de quelques ajustements. En désignant par exemple, entre le cabinet du ministère des Armées et celui des Affaires étrangères, celui qui pourra le mieux piloter les personnels « export » de la DGA.

 

Autre rendez-vous à venir : l'Allemagne. Pour obtenir de Berlin que la Luftwaffe ne se prononce pas trop vite sur le renouvellement de ses Tornado d'attaque au sol et repousse une première échéance initialement fixée en 2018. Un délai permettrait de laisser leurs chances aux programmes européens d'avions de combat futur. « Sinon, tout cela partira mal », résume un responsable de la DGA qui redoute une offensive commerciale américaine outre-Rhin, avec un F-35 que MBDA ne parviendra a priori pas à équi-per. Lockheed Martin s'y prépare en présentant au Bourget, pour la première fois en Europe continentale, son appareil, dont le Danemark, l'Italie, la Norvège et les Pays-Bas se sont portés acquéreurs, après la Grande-Bretagne. Sylvie Goulard devra faire preuve d'entregent auprès de son homologue et amie Ursula von der Leyen.

 

Au plan national, un autre besoin s'exprime. En 2017, l'armée de l'air recevra trois Rafale. Mais aucune livraison n'est prévue les deux années suivantes. Pour alléger le budget de la défense. Or cette décision fait l'impasse sur l'usure des matériels, très sollicités en Europe, au Sahel et au Levant – où plus de 6500 sorties ont été effectuées en deux ans et demi pour l'opération Chammal. Ce constat du chef d'état-major de l'armée de l'air, le général André Lanata, devrait être traité par la prochaine « revue stratégique » qui sera confiée à un groupe d'experts. Quant au PDG de Dassault Aviation, Eric Trappier, il fait jouer d'autres arguments auprès de l'Elysée afin d'obtenir la révision du carnet de commandes. En expliquant qu'un plan de charge trop centré sur l'export peut pénaliser les PME françaises sous-traitantes, du fait des compensations industrielles prévues pour ces marchés étrangers.

 

Et puis il y a la programmation militaire! L'échéance nourrira les débats dans les « chalets » au bord de la piste d'envol du Bourget. Un récent séminaire de la Fondation pour la recherche stra-tégique a permis au délégué général de l'Armement, Laurent Collet-Billon, de livrer ce qui peut constituer un testament d'avant retraite, ou une feuille de route. Selon lui, il s'agira de définir l'architecture du Système de combat aérien futur (Scaf) à l'horizon 2035 en pariant sur la maturation des technologies, en matière de furtivité, de multifonctionnalité, etc. Cela dans un contexte budgétaire serré où les crédits DGA d'études amont plafonnent à quelque 730 millions d'euros par an. Premier axe : la définition du prochain radar multifonction du Rafale et d'un calendrier d'installation sur les appareils à rénover « à mi-vie ». Par ailleurs, Thales et Dassault devront travailler sur le « post-nEUROn », premier démonstrateur de drone de combat furtif européen. Ce dossier fait l'objet de rudes négociations avec les partenaires britanniques, publics et privés.

 

Dassault rappelle que les évolutions de ses appareils n'ont pas été adossées à des ruptures technologiques, mais plutôt obtenues par « une succession de petits pas ». Observation qui reste valable pour le Rafale, avec les « boucles de modifications » apportées au standard originel – pour améliorer les liaisons de données notamment. A l'avenir, les contraintes liées à la modernisation de la composante aérienne de la dissuasion prévaudront, pour que son système d'armes redimensionné puisse s'affranchir du renforcement des défenses aériennes adversaires d'ici deux décennies. Ce que l'état-major de l'armée de l'air traduit par « un impératif de survivabilité de la plateforme et de l'ensemble du système de commandement et de combat, en améliorant la capacité de guerre électronique, la discrétion, la manœuvrabilité, la vitesse »


L’AVANCÉE DES DRONES
Airbus Defence and Space, Dassault et Leonardo assurent qu’ils sont déterminés à coopérer pour développer en Europe des drones de surveillance nouvelle génération et des drones de combat. S’ils veulent rester dans la compétition mondiale, ces opérateurs n’ont de toute façon guère le choix : après le Brexit, les budgets français et allemand de R&D représenteront à eux seuls 90 % des crédits européens de recherche militaire. Cela, alors que le seul programme « postnEUROn » mobilisera au moins 400 millions d’euros dans la décennie.

Cette semaine, dans la rubrique TERRITOIRES