AG : les rémunérations scrutées >
Entreprises. La question des rémunérations des dirigeants suscite de plus en plus la vigilance des actionnaires. Même si la totalité du CAC 40 va verser un dividende au titre de 2016, une première depuis cinq ans.
En cette première année d'application de la loi Sapin 2 – approbation obligatoire par les actionnaires du montant de la rémunération des dirigeants et de son mode de calcul pour les parties fixes et variables –, les assemblées générales 2017 ont redoublé de sévérité sur cette question. La saison avait été ouverte, en mars, par le rejet de la rémunération de Philippe Salle, PDG d'Elior, par 63 % des votants, après la contestation, l'an dernier, des rétributions prévues pour Carlos Ghosn (Renault) et Patrick Kron (Als-tom). Les entreprises ont beau anticiper et faire preuve d'un maximum de pédagogie en étant de plus en plus nombreuses à présenter les taux d'atteinte des critères de performance sur lesquels s'appuie la rémunération de leurs dirigeants, les actionnaires se montrent de plus en plus regardants.
Ainsi, la saison des AG du CAC 40 a vu 25,4 % des résolutions sur les rémunérations approuvées par moins de 80 % des votants, contre 16,4 % l'an dernier, selon Capitalcom, dans une étude à paraître. Quelque 23 groupes (sur les 33 entreprises qui ont réuni leurs assemblées générales en France ce printemps) ont vu leur taux d'approbation reculer sur ce sujet. Renault a encore du mal à convaincre avec un score de 53,5 %, seul groupe, avec Atos (53,75 % pour la politique de rémunération) à descendre sous les 60 %. En bas de classement, on trouve Air liquide (62 %), Safran (66 %), Veolia (69 %) ou encore Carrefour (71 %). A l'inverse, des entreprises font presque plébisciter les rémunérations de leurs dirigeants : Sodexo, Bouygues, Crédit agricole, Axa, Michelin, Sanofi, Société générale et L'Oréal les ont fait approuver par plus de 95 % des votants, et même 99,45 % pour Legrand.
Et encore les actionnaires étaient-ils de bonne humeur. Toutes les entreprises du CAC 40 vont en effet verser un dividende au titre de 2016, une première depuis cinq ans. Cela va peut-être ramener les Français vers l'actionnariat individuel et, par ricochet, vers les assemblées générales. Leur fréquentation (853 actionnaires présents en moyenne en 2017) ne cesse de baisser. Elle s'est effondrée de 43 % depuis 2005, parallèlement à la fonte des actionnaires individuels, qui sont passés de 6,5 à 3 millions. Même si Air liquide a rassemblé, pour sa part, 3 900 personnes, Total presque 3000 et L'Oréal, BNP Paribas ou encore LVMH, entre 1 400 et 1 900 actionnaires.
Le reporting intégré a, lui aussi, fait une percée cette année, avec 18 % des entreprises du CAC 40 qui en ont présenté un, contre 6 % l'an dernier. Il s'agit d'Atos, Axa, Crédit agricole, Engie, L'Oréal, Orange et Schneider Electric. Avec le « rapport intégré » mêlant données financières et extrafinancières, il s'agit pour les entreprises de redonner confiance aux investisseurs en communiquant plus clairement sur la création de valeur sur le long terme. C'est une manière pour elles de mettre en lumière leurs performances sociales, environnementales et de gouvernance. Le dialogue avec les parties prenantes a également pris une place majeure dans le conducteur des AG : Legrand a même structuré la sienne autour du thème de la création de valeur pour ses parties prenantes. Quelque 24 % des entreprises ont mentionné leur analyse de matérialité en AG ou leur dispositif de dialogue avec les parties prenantes (panels, consultations, etc.), souligne le cabinet de conseil et de communication sur la performance responsable.
Les enjeux climatiques ont encore fait la une cette année. Plus de la moitié des entreprises du CAC 40 (55 %) ont ainsi traité la question climat lors de leur assemblée. Au-delà des aspects environnementaux, les sujets de RSE ont été très présents durant cette saison. Ils ont été portés par le PDG, le président du conseil ou du directoire, pour 82 % des cas. Quelque 12 % des questions des actionnaires ont concerné ces thèmes – contre 10 % en 2016. Avec plus de la moitié des questions de la session de débat de l'AG du Crédit agricole portant sur la RSE, les ONG et les salariés ont affirmé leurs préoccupations concernant la transition énergétique et le partage des richesses du groupe avec l'ensemble des parties prenantes. Autre thème très présent cette année : les ressources humaines. Près d'une entreprise sur deux (47 %) a ainsi consacré une partie de sa réunion à la présentation de sa politique d'attractivité et de gestion des talents, à l'instar de Michelin, où Jean-Dominique Senard, le président de la gérance, a longuement évoqué le projet de responsabilisation des équipes.
UN ENGAGEMENT MONDIAL
A rebours des positions de Donald Trump, de grandes entreprises américaines ont affiché cette année un fort engagement en faveur de la transition écologique. Ainsi des résolutions externes en faveur du reporting climat ont-elles été adoptées chez Occidental Petroleum (à 67,3 %), PPL Corporation (56,8 %), et même chez ExxonMobil. Les actionnaires de la major ont approuvé à 62,1 % ces résolutions,
alors qu’elles avaient été rejetées l’an dernier, en n’ayant recueilli que 34 % des suffrages. Une « adoption historique », estime Capitalcom.