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Dans les milieux financiers, en dépit des initiatives destinées à éviter que l'inflation et les taux ne s'emballent, des fonds et des grandes banques américaines pointent surtout la croissance plus élevée que prévu dans l'empire du Milieu. Cette situation pourrait lourdement peser sur le cours du baril, sans compter le risque géopolitique au Moyen-Orient. Comme le glisse un expert, le krach aura lieu, mais on ne sait pas d'où il éclatera ni quand. Et les marchés doivent composer avec cette épée de Damoclès.
Au sein des chancelleries européennes, on murmure que, vers la mi-mars, Berlin et Paris pourraient annoncer un grand plan de relance de l'Europe prévoyant le financement commun de projets d'investissements et des mesures allant vers l'Union bancaire. Le tandem franco-allemand espère que les résultats des élections italiennes consolideront la perspective d'un vrai trio avec Rome.
De son côté, Jerome Powell, nouveau président de la Fed, a entamé un bras de fer délicat avec les « barons » de l'institution. Il s'agit d'un bataillon d'économistes ayant acquis une grande influence au sein de la Fed, grâce à la présence des présidents (ex-universitaires, comme Ben Bernanke et Janet Yellen) qui ont valorisé leurs études et leurs conseils. Powell, qui n'est pas un économiste, craint de subir une forte pression de la part de ces hommes difficiles à contrer sur un plan théorique et technique. Il doit donc rapidement marquer son périmètre de pouvoir.
En France, une période délicate s'ouvre pour la ministre des Transports, Elisabeth Borne. Après une phase d'audits, elle va devoir passer aux réalisations. Or des observateurs doutent de sa capacité à contrecarrer les oppositions. Matignon souhaite qu'elle entre directement dans cette phase. Mais Edouard Philippe lui-même ne sait pas quelle distance adopter face aux propositions du rapport Spinetta, qui remet sur la table des propositions du gouvernement Juppé en 1995 (fin du statut cheminot, fermeture de lignes contre désendettement, etc.).
Les changements de gouvernance se poursuivent dans les groupes français : après Engie, Michelin, Renault ou Bic, bientôt Airbus Group. Les grandes manœuvres se déplacent vers le secteur de la communication (FMM, AFP…). Pour Radio France, Laurent Guimier est vu en interne comme un dauphin. De son côté, la directrice de France Culture, Sandrine Treiner, multiplie les consultations pour affiner son projet. Sont cités les noms d'Emmanuel Hoog, même si sa reconduction à l'AFP semble acquise, et de Jean-Noël Tronc (Sacem). Des dirigeants de médias en fonctions pourraient aussi se laisser tenter, comme Louis Dreyfus (Le Monde).
Sur le plan intérieur, l'exécutif déroule jusqu'ici ses projets de réforme tous azimuts. Le gouvernement a veillé à donner quelques assurances aux agriculteurs furieux de la nouvelle carte des aides européennes. Pourtant, la cote du chef de l'Etat s'érode, essentiellement sur des raisons de pouvoir d'achat. « Attention à l'accumulation des rancœurs dans l'électorat populaire », prévient un ministre.