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TERRITOIRES / 18/05/2018

Halal, un marché en trompe-l'œil


CONSOMMATION. Les ventes de produits halal sont en pleine croissance dans l’Hexagone. Pourtant, les controverses sur la certification, la taxe halal et le bien-être animal restent vives et vont se traduire par de nouvelles règles.



L
e ramadan, programmé du 17 mai au 16 juin, est marqué comme chaque année par une intense activité commerciale. Selon la récente étude Horizons Shoppers 2018 du cabinet Solis, les dépenses en alimentation des ménages musulmans bondissent de 34 % à cette période. Ils dépensent en moyenne 434 euros. Hors des semaines de jeûne traditionnel, le rayon des produits halal et orientaux reste un des plus florissants de l'agroalimentaire. Estimé à plus de 4,5 milliards d'euros, il est boosté par la démographie – environ 4 millions de musulmans en France – et le transfert des achats du commerce traditionnel vers les grandes surfaces. Ramadan ou pas, la consommation halal n'est pas uniquement religieuse, elle est aussi culturelle. C'est un marqueur identitaire.


A elle seule, la charcuterie halal pèse 130,6 millions d'euros, en augmentation de 5,6 % (Sources Iri-LSA-fabricants). Depuis le retrait d'Herta (Nestlé) en 2011, le halal est la chasse gardée des PME. Les trois marques leaders sont en croissance en 2018 : Isla Délice, le spécialiste du sec-teur (+ 11,3 %), Reghalal, marque du groupe volailler LDC (+ 3,2 %) et Fleury Michon (+ 8,6 %).


D'autres catégories, comme les surgelés ou l'épicerie sucrée, sont très dynamiques en raison du souhait des musulmans de varier les menus. Les jeunes générations urbaines et actives passent moins de temps à cuisiner, préférant les recettes inspirées des fast-foods (burgers, nuggets de poulet, boissons gazeuses...) Opportunistes, les domaines Chavin proposent même des vins sans alcool certifiés halal. Cette maison de négoce basée à Béziers a créé Opia, une boisson à base de jus de raisin non fermentée et bio, certifée halal.

 

Ces PME profitent du flou autour du terme halal, qui signif ie en arabe « licite ». Il existe certes des interdits et des règles concernant le sacrifice animal, mais aucune liste ne précise les aliments prohibés. Et le système de certification n'est pas cadré. C'est ce que pointait déjà en 2016 la mission sénatoriale sur l'organisation et le financement de l'islam en France. Le document précise que « le label halal appliqué aux produits carnés souffre d'un manque de fiabilité et de lisibilité. Pour les consommateurs musulmans, l'enjeu majeur est celui d'une unification des pratiques de l'abattage religieux, afin de disposer d'un label halal fiable et lisible. En dépit d'une réglementation de plus en plus contraignante, cet objectif semble loin d'être atteint, du fait des diff icultés d'organisation de la filière. » Le rapport dénonce aussi « l'opacité du fonctionnement des trois organismes certificateurs agréés par l'Etat : les mosquées d'Evry, de Paris et de Lyon ». S'ajoutent des sociétés privées qui se sont développées dans « l'anarchie ».

 

La situation est d'autant plus compliquée que la DGCCRF estime qu'elle ne peut jouer son rôle contre les tricheries en l'absence d'une définition précise du label halal. Le gendarme de Bercy n'intervient pas dans le processus de certification, l'Etat se bornant à contrôler les règles relatives à l'étiquetage halal. Aujourd'hui, un des corapporteurs, Nathalie Goulet, sénatrice UDI de l'Orne, déplore une situation figée : « On n'a pas réglé les questions du label unique, de la transparence, de l'argent qui circule autour et de l'organisation de la communauté. Or, il faut trouver une solution au financement du culte musulman, à la formation des imams. Beaucoup évoquent une taxe halal ou une redevance privée. Mais, dans l'état actuel, cela semble illusoire. »


La taxe halal n'est pas le seul sujet d'incertitude. La question du bien-être animal devient cruciale. L'abattage halal entraîne des souffrances. Selon Loïc Dom-breval, député LREM des Alpes-Maritimes, de nombreux pays, comme la Suède ou les Pays-Bas, exigent que les animaux soient étourdis. Plus étonnant, la Malaisie, de tradition musulmane, avalise le recours à l'étourdissement de l'animal par électronarcose ainsi que l'usage du pistolet mécanique non perforant. Fort de ce constat, l'élu compte défendre un amendement favorable à l'étourdissement pré-ou post-jugulation lors de l'abattage rituel. Son initiative s'inscrit dans le débat parlementaire qui démarrera le 22 mai autour du projet de loi Alimentation. « La question est sensible, et je prendrai soin de ne stigmatiser personne, prévient Loïc Dombreval. Mais le texte est très timide sur l'aspect du bienêtre animal. J'espère que cet amendement sera validé. »

 

OPÉRATIONS SÉDUCTION EN HYPER

Même si le commerce traditionnel capte encore 54 % des dépenses alimentaires halal, les enseignes montent en puissance avec des rayons permanents et identifiables. «  Des enseignes comme Carrefour, Auchan et certains Leclerc mènent avec succès des stratégies volontaristes, salue Abbas Bendali, fondateur du cabinet Solis. Notre étude montre une forte amélioration de la perception de l'offre par les musulmans : 71 % des personnes interrogées assurent que les produits halal et orientaux sont situés dans un même rayon. Et 75 % se déclarent satisfaites de cette configuration. »

Cette semaine, dans la rubrique TERRITOIRES