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Tendance / 12/11/2018

Mémoire

L a « pensée complexe » du chef de l'Etat – ou le goût de la provocation inutile, c'est selon – a encore frappé. En pleine « itinérance mémorielle » à l'occasion du centenaire de la Grande Guerre, Emmanuel Macron a créé la polémique sur un hypothétique hommage rendu au maréchal Pétain.Questionné par un journaliste afin de savoir si, lors de l'hommage rendu aux chefs militaires dans la cour des Invalides, Philippe Pétain serait honoré, le chef de l'Etat a jugé qu'il serait « légitime » qu'un tel hommage soit rendu à ce « grand soldat », malgré des « choix funestes » en 1940. Bronca à gauche, hystérie collective sur les réseaux sociaux. Panique à l'Elysée, qui s'empresse, par la voix de Benjamin Griveaux, de démentir en affirmant qu'aucun hommage à Pétain n'avait été envisagé. Affirmation élyséenne qui s'est révélée être un mensonge, selon les révélations du Monde qui prouvent qu'un hommage à tous les maréchaux avait bien été prévu. Cette polémique n'est pourtant pas seulement l'affaire des opposants au macronisme et des journalistes. Les mieux placés – à savoir, les historiens – ont également contredit la position jupitérienne sur ce sujet. Henry Rousso, par exemple, sur France Inter : « Macron a eu le sentiment qu'il pouvait maîtriser l'Histoire, c'est-à-dire qu'il pouvait, d'une certaine manière, se mettre à la place d'un historien et dire des choses (…). Il ne devrait pas dire ça, sans précautions. » L'itinérance mémorielle s'est transformée en une justification incessante de cette phrase. Le message est brouillé. Pour retrouver la hauteur de vue de la fonction présidentielle, on repassera.

Outre ce que nous venons d'évoquer, il faut également souligner que les déplacements du chef de l'Etat se sont rarement déroulés sans interpellation ou invective de la part des personnes présentes venues le voir. La colère des oubliés de la « start-up nation » s'est fait entendre. Seul l'avenir pourra dire si le mouvement de blocage du 17 novembre prochain, dont le premier mot d'ordre était de défiler contre la hausse des prix du carburant mais qui semble désormais se transformer en réceptacle de toutes les colères, sera significatif, ou si ce coup d'épée dans l'eau finira de convaincre Emmanuel Macron de continuer sa politique, sur le fond comme sur la forme.

Ces polémiques, ces colères ne doivent pas faire oublier l'hommage de la nation à « ceux de 14 », référence au magnifique ouvrage de Maurice Genevoix,bientôt panthéonisé. Des hommes et des femmes, héros anonymes, dans une époque de l'histoire de France si trouble. Cette semaine commémorative a été également marquée par la date anniversaire du décès du général de Gaulle,le 9 novembre. Ce général, dont aujourd'hui la quasi-totalité de la classe politique se dispute l'héritage, avait, comme souvent, les mots justes pour décrire une situation politique. Dans ses Mémoires de guerre, le général de Gaulle couche sur papier ses réflexions sur la fonction de chef de l'Etat : « Au sommet des affaires on ne sauvegarde son temps et sa personne qu'en se tenant méthodiquement assez haut et assez loin. » L'actuel chef de l'Etat tente de s'en approcher. Mais à force d'être trop haut et trop loin, le risque de rupture est réel. Dans cette séquence mémorielle que la France a traversée, rien, absolument rien n'aurait dû enlever la solennité à ces instants. Ces basses polémiques ne servent personne.

Cette semaine, dans la rubrique Tendance

23/09/2023