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Politique / 15/04/2019

Nouvelle donne au Moyen-Orient

À l'issue des élections législati ves qui se sont déroulées le 9 avril dernier, c'est bien Benyamin Nétanyahou qui apparaît comme le grand vainqueur du scrutin. Mais cette victoire de l'ex et probablement futur Premier ministre d'Israël est plus ambiguë qu'il n'y paraît. En effet, son parti, le Likoud, obtient 35 sièges à la Knesett, le parlement israélien, autant que son grand rival, l'alliance Bleu et Blanc du général Benny Ganz. Même s'il ne l'avoue pas, cet équilibre entre les deux grandes formations politiques de l'État hébreu n'est pas pour déplaire à Nétanyahou, qui a désormais le choix entre former une coalition avec les partis ultraorthodoxes ou constituer une large majorité parlementaire avec le tout nouveau parti de Benny Ganz. Dans l'une ou l'autre des hypothèses, c'est bien celui que l'on surnomme « Bibi » qui a la main pour entamer un cinquième mandat.

ISRAËL ET ARABIE SAOUDITE SE PARLENT

Or le résultat de ces élections redistribue les cartes au Moyen--Orient. Ainsi, en Arabie saoudite, c'est le signal qu'attendait le bloc libéral, dirigé par Mohammed ben Salmane, héritier putatif du trône, et par son mentor Adel al-Joubeir, an cien ministre des Affaires étrangè res du Royaume wahha bite Dès avant les législatives, le Premier ministre israélien ainsi que les trois principaux res-ponsables de la sécurité du pays (armée, sécurité intérieure et service de renseignements) avaient ouvert la voie à de possibles discussions en vue d'une reconnaissance mutuelle entre Israël et l'Arabie saoudite. Mais un tel tournant diplomatique ne peut avoir lieu qu'avec l'assentiment des deux puissances montantes dans la région : la Russie de Vladimir Poutine, soutien inconditionnel d'Israël, et l'Égypte du maréchal Abdel Fattah al-Sissi, qui tente de modérer les revendications des Palestiniens, en particulier celles du Hamas à Gaza.

Deux puissances montantes sont à la manœuvre au Moyen-Orient : la Russie de Vladimir Poutine et l'Égypte d'Abdel Fattah al-Sissi.

La Russie pousse ses pions

À la « faveur » de la guerre civile syrienne, la Russie a repris pied au Moyen--Orient et s'agite sur tous les fronts. En plus d'Israël, elle maintient une politique suractive de « soutien à l'Iran ». Mais il est clair que cet appui – qui a probablement l'assentiment de l'État hébreu – a pour corollaire la victoire à Téhéran des modérés du président Hassan Rouhani face aux Gardiens de la révolution islamique, les Pasdaran. Ces derniers viennent par ailleurs d'être placés par les États-Unis de Donald Trump sur la liste des organisations terroristes.

En fait, Moscou cherche à faire en sorte que se relâche la pression exercée sur la Syrie, prise en étau entre l'aile activiste des chiites libanais et iraniens et les ambitions saou-diennes, les deux camps cherchant à s'assurer le contrôle du régime de Damas. Une situation qui illus tre bien la rivalité de plus en plus vive entre le camp chiite iranien et le camp sunnite saou dien.

Pour finir, le départ des Pasdaran du territoire syrien favoriserait le maintien, voire l'extension de la base navale russe installée à Tartous, sur la côte méditerranéenne face à Chypre.

En plus de l'Iran et de l'Arabie saoudite, la Turquie était jusque-là à la manœuvre en Syrie. Mais, hasard du calendrier, la récente défaite du parti de Recep Tayyip Erdogan aux élections municipales renforce le camp des modérés, soutenus là aussi par la diplomatie russe. En fait, le jeu d'influence que mène la Russie tous azimuts a pour but d'aboutir rapidement à un armistice global en Syrie, qui permettrait de réduire l'influence de Bachar el-Assad au profit d'alliés beaucoup plus modérés.

L'Égypte tente une médiation

Un autre pays avance ses pions dans la région : l'Égypte. Sa diplomatie travaille activement à une solution acceptable pour le Hamas, au pouvoir à Gaza, et pour Israël. En échange d'une trêve prolongée à Gaza, des mesures de détente et de désenclavement seraient proposées au Hamas et à l'Autorité palestinienne en Cisjordanie, assorties d'une promesse de sécurité réciproque renforcée. En plus du prestige diplomatique que lui conférerait l'obtention d'un accord bilatéral, Le Caire cherche aussi à effectuer une « annexion économique » de Gaza à l'Égypte. Mais tout cela dépend bien sûr de la composition de la future coalition israélienne issue des élections qui la verra pencher vers le camp du compromis ou vers celui de la confrontation avec les Palestiniens.

Désormais, quatre acteurs majeurs occupent le devant de la scène moyen-orientale : au Caire, le maréchal al-Sissi ; à Ryad, le ministre d'État al-Joubeir ; à Jérusalem, le vainqueur des législatives Nétanyahou ; à Moscou, le président Poutine. La France, quant à elle, ne pèse guère dans les recompositions en cours au Levant, mais pourrait avoir à tenir un rôle dans la défense des chrétiens d'Orient.

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