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Politique / 06/05/2019

Crise au Venezuela : Cuba aux aguets

L'invraisemblable confusion qui règne depuis le 1er mai sur l'ensemble de la situation internationale vient d'atteindre un de ses points culminants avec la crise prévisible du régime mené par Nicolas Maduro au Venezuela.

Avec le discrédit total du régime et des ultimes partisans populistes-fascistes du défunt Chavez, couplé à l'émergence, à travers un consensus populaire, des opposants démocratiques vénézuéliens rejoints par une fraction opportuniste de l'armée sensible à l'implosion de l'État, il va de soi que les exactions ciblées de la police commencent à créer un climat de colère et de peur qui ne peut que déboucher sur un affrontement violent. La solution pour sortir ce pays de la crise sans précédent dans laquelle elle s'est enfermée viendrait-elle des États-Unis ? Car on aurait tort d'oublier que dans un climat politique marqué par la régression générale des forces de gauche en Amérique latine, une intervention militaire américaine ciblée au point culminant des violences urbaines serait saluée, ou en tout cas tolérée, par l'opinion et par le plus puissant des alliés de Washington, le Brésil de Bolsonaro.

La position américaine pose question

Il apparaît que Donald Trump, malgré son goût pour les postures provocatrices lorsqu'il s'agit d'évoquer de possibles interventions militaires, se montre pour l'instant très timide vis-à-vis de la situation au Venezuela. Cette position officielle « d'atten-tisme » sera peut-être dépassée par le dynamisme de l'opposition vénézuélienne. Car un autre problème délicat est à prendre en compte pour le président américain : la posture hostile de Vladimir Poutine.

Ce n'est pas le sort brutal de Maduro qui préoccupe tant la Russie que l'avenir des relations de l'Amérique avec Cuba.

Mais l'obstacle de taille qui se présente à Trump n'est autre que l'establishment américain lui-même, qui n'a nullement désarmé dans son ambition de le faire chuter. Le procureur spécial Mueller n'a pas été battu sérieusement. Or, depuis le début de l'affrontement, les adversaires de Trump – lesquels se concentrent dans les sommets de l'armée – ont choisi de cibler d'abord les partisans conservateurs et populistes de la droite du Parti républicain. Dans cette situation politique délicate, le président américain n'a donc pas toute la latitude nécessaire pour préparer sereinement une option militaire. Raison pour laquelle Washington prend, pour le moment, le rôle d'observateur attentif.

Car Trump n'est pas le conservateur irréprochable qu'il voudrait incarner pour le noyau dur de ses partisans, qui ne cesse de s'étioler dans les sondages. C'est un affairiste qui n'a pas hésité à multiplier les allers-retours avec la Russie de Poutine. Cette dernière, d'ailleurs, fait plutôt profil bas en ce moment, en particulier dans le constat accablant de son bilan économique. Si demain la question des rapports de Poutine et de Trump est posée par les médias dans le monde, la Russie aura tout à perdre de cette confrontation, sauf si elle dispose d'éléments de chantage nombreux sur les démarches réelles de Tru-mp. Dans ce cas, Poutine ne sortira pas non plus en bonne forme d'une campagne de discrédit qui finira par l'impacter. Et Trump, attendu par son opposition politico-militaire conservatrice, peut être littéralement dévasté au moment le plus délicat.

Cuba vise le pétrole de Caracas

Ce n'est pas le sort du brutal Maduro qui préoccupe tant la Russie que l'avenir des relations de l'Amérique avec Cuba. Depuis qu'il contrôle le pouvoir contre les héritiers d'extrême gauche de Fidel Castro, son frère Raul, notoirement connu pour ses prises de position beaucoup plus modérées, définit beaucoup mieux la véritable exigence de La Havane. Personne à Moscou ne défend indubitablement Maduro et l'héritage de Chavez qui est voué de toutes les manières à s'effacer. Néanmoins, La Havane souhaitait, depuis le début de la crise, s'interposer, faire partir Maduro ou troquer sa « compréhension » d'un maintien cubain à Caracas, non plus certes dans le domaine de la sécurité et de la police comme c'est le cas aujourd'hui, mais à tout le moins dans une coopération économique qui comprend l'accès au pétrole vénézuélien et l'emploi massif des diplômés dans le pays. C'est-à-dire, avec des aménagements progressifs, un protectorat cubain modéré dans ce qui reste d'un Venezuela en lambeaux, dont on laisserait l'opposition gérer le difficile redressement. Ce plan de Raul Castro a le soutien intéressé financièrement, mais surtout politiquement, d'une Russie qui monte au filet pour le compte de la Chine elle-même, laquelle souhaite apparaître dans cette affaire le moins possible.

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