Pourquoi, chez Danone, cela ne va donner lieu qu'à une mini-révolution de palais >
Certains annonçaient une nuit des longs couteaux. D'autres une Saint-Barthélémy à la tête de Danone et une remise à plat complète de la gouvernance du leader français de l'agroalimentaire après les lettres de contestations émanant de trois fonds activistes et rendues publiques une semaine avant un conseil décisif, chargé notamment d'approuver les résultats. Pour finir, il ne s'est rien passé. Pour deux raisons principales. La première c'est que certains administrateurs de poids ont décidé de gérer de problème de gouvernance « à froid ». La seconde, c'est que les résultats de Danone pour 2020 n'étant pas aussi catastrophiques que certains le redoutaient, couper la tête d'Emmanuel Faber n'aurait pas eu beaucoup de sens.
Couper la tête d'Emmanuel Faber n'aurait pas eu beaucoup de sens.
Par le passé, Danone a souvent été critiqué, voire attaqué en Bourse. Ce qui a amené les anciens dirigeants à prendre des décisions parfois très difficiles. On se souvient notamment de la crise LU qui a profondément marqué Franck Riboud. Le groupe laissé par Antoine Riboud à son fils a été contraint de passer d'un périmètre de six activités principales à trois activités afin d'être plus rentable. C'est le moment qu'avait choisi Pepsi-Cola pour tenter de voir s'il était possible de faire une OPA.
Les marges peuvent très vite déraper si elles ne sont pas surveillées de très prèsCette fois-ci la situation est différente. Car c'est la première fois que le groupe affronte une érosion de ses résultats, en partie due aux conséquences de la pandémie, un plan social lié à une réorganisation pas forcément très claire du groupe et un problème de gouvernance. Ce dernier se focalise sur la personne d'Emmanuel Faber accusé de s'impliquer trop largement dans les sujets extra-financiers aux dépens de la gestion au quotidien d'un groupe dont les marges peuvent très vite déraper si elles ne sont pas surveillées de très près.
En septembre, Danone a vécu une première alerte avec le départ – sans remplacement – de Francisco Camacho, patron à succès des activités laitières et véritable « couteau suisse » du groupe. Quelques jours plus tard, c'est Cécile Cabanis, la directrice finan-cière dotée de la confiance des analystes, qui annonçait son départ. Elle va prendre plus de poids au sein de Mediawan, la société de production audiovisuelle créée par Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Pierre-Antoine Capton, dont elle est membre du board.
Car la deuxième alerte qu'a vécue Emmanuel Faber, c'est l'arrivée à la mi-novembre du fonds activiste Bluebell. Une arrivée plutôt gentille suivie d'un rendez-vous. Tout cela dans la plus grande discrétion. Jusqu'à ce qu'un administrateur lâche l'information dans Paris, deux mois plus tard. Enfin, la troisième alerte a été l'arrivée du fonds américain Artisan Partners, qui a acheté un peu plus de 3 % du capital et qui est conseillé par Jan Bennink, un ex-cadre dirigeant de Danone. Afin que le conseil d'administration de jeudi se passe sans anicroche une rencontre a eu lieu entre plusieurs administrateurs de Danone et des représentants d'Artisan Partners mardi dernier. Sans la présence d'Emmanuel Faber. La principale revendication du fonds américain a porté sur la vente de 30 % de chacune des divisions Eaux et Produits laitiers et sur des acquisitions dans l'activité nutrition infantile pour devenir le leader devant Nestlé.
Cinq plans de réorganisation en sept ansSi le cas Faber est secondaire pour le fonds américain, il existe tout de même. Artisan Partners lui reproche d'avoir mis en place cinq plans de réorganisation en sept ans. Avec des frais de structure qui n'ont cessé d'augmenter. Derrière toutes les critiques exprimées et celles qui sont plus voilées il y en a une et une seule qui compte, c'est la nécessité de recruter un COO qui soit en charge des opérations pendant qu'Emmanuel Faber évangélise la planète en matière d'environnement. Lui-même le sait très bien. Il a eu beau appeler au secours Nicolas Sarkozy, François Hollande, Jacques Attali, Alain Minc ou Anne Hidalgo, il n'ignore rien du fait que s'il ne trouve pas rapidement ce personnage clé, les actionnaires et les administrateurs mettront en place une dissociation qui fera de lui un président non exécutif, et qui obligera au recrutement d'un CEO. Lequel sera le futur patron de Danone.