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Story de la semaine / Guerre froide / 19/04/2021

Pourquoi les Américains se trompent de bataille sur le projet Nord Stream 2

Qu'il s'agisse de la présidence Trump ou de la toute nouvelle présidence Biden, il existe un domaine qui n'a pas changé : tout faire pour faire échec au projet Nord Stream 2, qui va faire évoluer de manière sensible la géopolitique du gaz.

En tout début de semaine dernière, le président américain, pourtant peu bavard depuis qu'il a été élu, a averti l'Allemagne qu'il « utilisera tous les leviers disponibles » pour arrêter le gazoduc Nord Stream 2, que Berlin espère exploiter avec la société d'État russe Gazprom. Aussitôt, les porte-parole du locataire de la Maison Blanche ont déclaré qu'ils n'allaient pas faire de compromis sur leur détermination à empêcher l'Allemagne de s'impliquer dans le gazoduc russe. Alors qu'Angela Merkel espérait justement du changement politique intervenu à Washington un assouplissement de la position américaine.

Le problème de ce gazoduc c'est qu'il est instrumentalisé par les Américains comme un lien de subordination de l'Europe à la Russie.

Le problème de ce gazoduc, dont le chantier se poursuit en dépit des nombreux obstacles posés par les Américains, c'est qu'il est instrumentalisé par les Américains comme un lien de subordination de l'Europe à la Russie. Et les nombreux lobbyistes atlantistes sur le vieux-continent essayent de réveiller une « guerre froide » sans fondement afin d'éviter l'aboutissement de Nord Stream 2. Quant à l'administration américaine, elle use de manière très classique de sanctions à l'égard de la moindre entreprise qui apporte son concours au chantier du gazoduc.

Un moyen de renforcer l'indépendance énergétique européenne

Mais s'il y avait le moindre risque d'une collusion entre l'Europe et la Russie, Angela Merkel qui déteste Poutine, ne serait pas aussi favorable à ce grand chantier dont l'Allemagne est partie prenante et dont l'ambassadeur itinérant n'est autre que Gerhard Schröder, l'ancien chancelier allemand. En fait, les Européens raisonnent de manière pragmatique en considérant ce nouveau gazoduc comme un moyen de renforcer l'indépendance énergétique de l'Europe, avec un nouveau canal d'arrivée du gaz naturel liquide qui ne passe ni par l'Ukraine ni par la Mer Noire et le voisinage turc. Cela, à l'instant même où le marché du gaz connaît une forte transformation.

Qu'on en juge : nous arrivons au moment où les gisements de gaz d'Europe du Nord arrivent progressivement à épuisement. En même temps, depuis trois ans, les États-Unis sont devenus exportateurs nets de gaz. Conséquence du fait que leur production de gaz de schiste dépasse leurs besoins propres. Ils ont même transformé des terminaux gaziers d'importation de gaz en terminaux d'exportation. Et face à l'abondance de gaz venant du Qatar, d'Algérie et de Russie, les États-Unis sont bien décidés à être un acteur clé de ce marché, en profitant de leurs relations privilégiées avec l'Europe. D'où leur intérêt à transformer une question purement économique en problème géopolitique.

Engie est la seule entreprise française directement impliquée dans ce projet

Il est heureux que, sur ce domaine, l'Allemagne n'ait pas cédé à son atlantisme habituel. Le projet Nord Stream 2 est donc un ensemble de deux gazoducs qui passent dans la mer Baltique afin de contourner les très russophobes baltes et polonais et d'éviter les danois très pro-américains, avant d'aboutir en terre Allemande. Engie est la seule société française directement impliquée dans ce projet, au titre de ses intérêts à multiplier les sources d'approvisionnement de l'ancien Gaz de France avec un financement à hauteur de 950 millions de dollars. Ce qui n'empêche pas le groupe d'avoir des terminaux gaziers sur la côte est américaine. Total est plus discret sur le sujet, car moins engagé, mais regarde ce gazoduc avec un œil évidemment favorable.

Alors que le chantier a repris, avec l'ambition d'être terminé dans les prochains mois, l'activité des navires de guerre de toutes nationalités s'est intensifiée dans le voisinage du gazoduc. Surtout, les Allemands ont été très déçus par les manifestations d'hostilité à Nord Stream exprimées par Clément Beaune, le secrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, chargé des Affaires européennes. Ses propos ont été vite corrigés par Jean-Yves Le Drian. Mais la France d'Emmanuel Macron prend le risque d'enfoncer un coin dans sa relation franco-allemande en faisant preuve d'un excès inutile et déplacé d'atlantisme sur ce sujet.

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