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Story de la semaine / Feuilleton parisien / 03/05/2021

Dans les coulisses des discussions qui ont scellé le sort de Lagardère

C'est au début du mois d'avril que les discussions ont véritablement repris entre Vincent Bolloré, Arnaud Lagardère, Bernard Arnault et le fonds Amber Capital, sous l'égide notamment de Nicolas Sarkozy. L'approche de l'assemblée générale des actionnaires, dont la date était initialement fixée au 14 juin, a fait prendre conscience à Arnaud Lagardère que l'alliance implicite entre Vivendi, Amber et le Qatar risquait de le déstabiliser. D'un côté, il a relancé la guerre avec Amber Capital – son ennemi juré – en l'assignant en justice afin qu'il perde ses droits de vote pour un motif abscons, en sachant bien que cette action ne mènerait à rien. D'un autre côté, il a repris langue avec Vincent Bolloré, après avoir liquidé Arnaud Nourry, le patron incontesté de Hachette Publishing.

Un trio d'avocats a été chargé d'améliorer la gouvernance du Groupe et d'assurer le passage en société anonyme.

Arnaud Lagardère a, dans un premier temps, discuté en bilatéral avec Vincent Bolloré. Puis, quand les exigences du premier actionnaire de Vivendi sont devenues trop précises, il a fait appel à Jean-Michel Darrois. Ce dernier, étant alors pris par le dos-sier Suez, a délégué les réglages juridiques à Bertrand Cardi, Olivier Huyghues Despointes et Matthieu Brochier. Ce trio d'avocats a été chargé de collecter les demandes des différents grands actionnaires de Lagardère afin d'améliorer la gouvernance du Groupe et d'assurer le passage de société en commandite en société anonyme. Côté bancaire, c'est Grégoire Chertok qui restait à la manœuvre, au grand dam de Nicolas Sarkozy et de Jacques Ripoll, directeur général de CACIB.

Désolidarisation de la société Financière Agache

La surprise est venue du fait que le seul allié objectif d'Arnaud Lagardère, la société Financière Agache appartenant au groupe de Bernard Arnault et représentée par Nicolas Bazire, a commencé à se désolidariser du fils de Jean-Luc Lagardère. Il faut dire que, peu après les accords conclus entre les deux groupes, Arnaud Lagardère a com-mencé à ignorer Bernard Arnault. Au point de ne pas répondre à ses appels téléphoniques. Alors que la première fortune de France s'était portée à son secours et représentait une forme de garantie pour Arnaud Lagardère vis-à-vis de son créancier personnel, le Crédit Agricole.

Il y a dix jours, les discussions se sont accélérées, après que le cabinet Darrois et celui de Dominique Bompoint (avocat de Vincent Bolloré) ont commencé à mettre par écrit les principaux détails des changements de gouvernance. Au départ, Arnaud Lagardère exigeait 10 % du capital en échange de l'abandon du statut en commandite. Pour finir, il n'a obtenu que 7 % du capital, c'est-à-dire 10 millions d'actions. Donc, beaucoup moins que ce qu'Amber avait proposé il y a un an. Et le week-end dernier, sentant qu'il était en train de perdre la partie, il a fait fuiter, par Anne Méaux, sur le site internet du Point, qu'un accord était imminent. Double faute. D'abord, vis-à-vis des règles boursières, puisqu'aucun accord n'étant signé le lundi à l'heure de l'ouverture des marchés, l'Autorité des marchés financiers a exigé un contre-communiqué. Ensuite, parce que Vincent Bolloré a profité de cette erreur pour pousser son avantage.

Finalement, Arnaud Lagardère aura tout perdu

Il a fallu attendre mardi 27 avril dans l'après-midi pour avoir la quasi-unanimité sur les nouvelles règles de gouvernance. C'est ce qui a justifié la réunion d'un conseil de surveillance à 18 h 30, auquel assistaient, Grégoire Chertok, Jacques Ripoll et les avocats des différents camps. Un incident est venu émailler la réunion, Arnaud Lagardère exigeant une nouvelle rémunération très élevée, ainsi que pour Pierre Leroy, nouveau directeur général délégué, et fort marri de ne pouvoir être coopté au conseil de surveillance. Les grands actionnaires de Lagardère ont rappelé à son futur président-directeur général qu'un comité des rémunérations s'occuperait de ce sujet et qu'il serait soumis au vote de tous les actionnaires. Finalement, Arnaud Lagardère aura tout perdu, même son baroud d'honneur. Ce qui ne l'a pas empêché de déclarer le lendemain à 8 heures, devant les analystes, que cet accord était une grande satisfaction pour lui. Il est vrai que diviser par cinq la valeur du groupe familial en quinze ans et obtenir, la soixantaine venue, un package de 230 millions d'euros est une forme de réussite. Celle réservée à ceux qui ont toujours méprisé leurs actionnaires.

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