La flambée du gaz fait les affaires de Nord Stream 2 >
La forte hausse du prix du gaz intervient au moment même où viennent de s'achever les travaux de construction du gazoduc Nord Stream 2, qui contourne les pays russophobes (baltes et Pologne) pour approvisionner l'Europe par l'Allemagne. Ce tuyau doit permettre d'envoyer 55 milliards de mètres cubes de gaz sous la mer Baltique vers l'Allemagne, chaque année.
La Russie est déjà le plus grand fournisseur de gaz d'Europe mais, une fois en service, Nord Stream 2 offrirait un coup de pouce significatif aux 170 milliards de mètres cubes annuels qui maintiennent les lumières allumées à travers le continent. En réalité, Nord Stream 2 ne peut pas être la réponse à la crise à court terme. Au mieux, Gazprom a concédé qu'il ne fonctionnerait probablement qu'à 10 % de sa capacité dans les mois restants de cette année.
Les opposants à Nord Stream 2, dont la Maison Blanche, soutiennent qu'il fait partie de la stratégie géopolitique du Kremlin. Peut-être que Poutine cherchera à faire de la politique avec le gaz. Mais le Kremlin a été réticent à le faire dans le passé, cherchant plutôt à être un partenaire fiable. Et la Russie a, avant tout, un intérêt clé : celui de vendre le plus de gaz possible, le plus rapidement possible. Le revirement de Poutine, il y a quelques jours, avait cette réalité économique en tête : s'il se plaît à être une nuisance pour ses voisins, il n'est pas dans son intérêt d'accélérer le passage aux énergies renouvelables en Europe. Le compte à rebours des énergies fossiles tourne et la Russie saperait ses finances en accélérant la décarbonisation de l'Europe. Poutine n'est pas un homme avec qui l'Europe veut faire des affaires. Mais la crise énergétique mondiale lui a donné, ainsi qu'à son projet favori, une position de négociation puissante – une position qui pourrait forcer la main de l'Europe.