Comment Philippe Oddo perçoit l'Allemagne de l'après-Merkel >
Il n'est pas meilleur observateur du climat politique et de celui des affaires outre-Rhin que Philippe Oddo, le patron d'Oddo BHF, établissement financier de premier plan en France, comme en Allemagne. Qui, à ce titre, passe trois jours par semaine à Francfort. « Le nouveau chancelier, Olaf Scholz, est une personnalité très pragmatique et qui, par ailleurs, aime beaucoup l'entreprise », explique Philippe Oddo qui l'a déjà rencontré. « Bien sûr, ajoute-t-il, il est tenu par un contrat de gouvernement gravé dans le marbre avec les libéraux et les Verts. Cela l'a obligé à renoncer à toute hausse d'impôt qui figurait dans son programme initial. Mais cette coalition dite “feu tricolore” (car le SPD a le rouge comme couleur, les libéraux, l'orange et les Verts, le vert bien sûr) va être très intéressante à observer dans la gestion de la transition énergétique, dans la mesure où elle s'est engagée à se priver du charbon au plus tard en 2030. » Et Philippe Oddo de rappeler qu'Olaf Scholz a été moteur avec Bruno Le Maire dans la constitution d'un « Airbus de la batterie électrique ».
L'autre changement majeur que Philippe Oddo espère de ce gouvernement « c'est un regard différent de l'Allemagne sur la Russie. Car si la classe politique est très antirusse, les milieux patronaux ont, à l'inverse, envie de travailler davantage avec la Russie. Le gazoduc Nord Stream 2, qui relie la Russie à l'Allemagne en passant par la mer, de manière à contourner les pays baltes et la Pologne, n'est toujours pas entré en service bien qu'il soit achevé depuis plusieurs semaines. Et il sera intéressant de voir si Olaf Scholz parvient à créer une nouvelle relation germano-russe ». Ce qui pourrait redonner du poids à l'Europe face à une Amérique du Nord, toujours aussi russophobe.