Rien n'est joué pour les vieux crocodiles italiens chez Generali >
S'il y a bien un groupe où « tout change, mais rien ne change », c'est l'assureur Generali, Italien comme l'écrivain Lampedusa, auteur de cette formule. Deux gérontes du capitalisme transalpin sont devenus, au cours des derniers mois, des actionnaires importants du groupe vénitien, que dirige avec talent le Français Philippe Donnet (ex d'Axa) depuis six ans. Et celui-ci, dont le mandat doit être renouvelé lors de l'assemblée générale du 29 avril prochain, est bien sûr candidat à un nouveau mandat de trois mois, d'autant plus qu'il a accompli son dernier plan stratégique et qu'il a permis à Generali de retrouver sa croissance et sa rentabilité.
Leonardo Del Vecchio, fondateur de Luxottica, qui détient 6,6 % de Generali, et Francesco Caltagirone, (ex-administrateur de Suez), actionnaire à hauteur de 8,04 %, ont décidé que Philippe Donnet a fait son temps sans avoir le moindre plan alternatif et le moindre reproche à lui formuler. Ils veulent juste montrer qu'ils sont les propriétaires de Generali, alors qu'avec les Benetton ils ne possèdent que 18 % du capital.
Face à eux, Philippe Donnet, qui a obtenu la nationalité italienne, et qui a été décoré par le Président italien, reste impassible, d'autant qu'il a le soutien de Mediobanca, actionnaire historique de Generali, et de son patron, Alberto Nagel. Surtout, il croit aux vertus de la corporate governance et n'imagine pas que les actionnaires étrangers de Generali, qui détiennent une grosse part du capital, comme les actionnaires individuels laisseront deux patriarches romains se livrer à une prise de contrôle rampante d'un des trois grands assureurs européens.
Le conseil d'administration a déposé, mardi dernier, une liste de candidats pour un nouveau board à élire le 29 avril, avec bien sûr Philippe Donnet. Ses adversaires préparent leur propre liste d'administrateurs et une ébauche de contre-stratégie qui sera rédigée par Bain. Le patron de l'assureur italien a de bons arguments pour rallier à lui les actionnaires indécis et les grands gestionnaires d'actifs. Depuis qu'il est arrivé chez « le Lion de Trieste » le cours de l'action a grimpé de 62 %, bien au-dessus de la moyenne du secteur, et le rendement des actionnaires s'est accru de 115 %. Par ailleurs, le groupe a multiplié les investissements en matière de croissance externe pour préparer l'avenir. Mais depuis l'époque où Antoine Bernheim se faisait révoquer par d'autres « crocodiles italiens » avant d'être restauré dans ses fonctions avec l'aide d'un Vincent Bolloré devenu actionnaire de Mediobanca, il semble que rien n'a vraiment changé dans les mœurs du capitalisme transalpin, sous le soleil de la Vénétie.