Comment l'Élysée s'est laissé convaincre de nommer Christel Heydemann CEO… >
Il y a deux semaines, nous écrivions dans cette Lettre comment Christel Heydemann, actuelle responsable de Schneider Electric pour l'Europe, était devenue, nolens volens, un joker dans la recherche d'un successeur à Stéphane Richard chez Orange. Mais il a fallu attendre une réunion d'arbitrage, qui s'est tenue lundi dernier à l'Élysée, pour avoir confirmation que ce serait bien elle. Car entre-temps, le comité de gouvernance d'Orange et le chasseur de têtes, Spencer Stuart, mandaté par Orange et l'Agence des Participations de l'État, avaient fait connaître leur choix… qui n'était pas Christel Heydemann. En revanche, Bruno Le Maire, qui avait reçu en tête à tête les trois candidats sélectionnés, Ramon Fernandez, Franck Boulben et la vice-présidente de Schneider, avait clairement pris parti pour elle en déclarant qu'il fallait une femme à la direction générale d'Orange.
De fait, le nom de Delphine Ernotte est revenu sur le devant de la scène pendant quelques jours, d'autant que cela fait quelques semaines qu'Emmanuel Macron cherche à exfiltrer l'ex-patronne d'Orange France de la présidence de France Télévisions. Et l'Élysée a laissé croire que pour satisfaire Bruno Le Maire, ce serait bien une femme qui succéderait à Stéphane Richard, mais pas Christel Heydemann. Le problème, c'est qu'on ne nomme pas un nouveau patron de l'audiovisuel public à 80 jours d'une présidentielle. Et Emmanuel Macron, qui aime décider seul de ce type de nominations a renoncé à déplacer Delphine Ernotte, même s'il avait déjà en tête le nom de son successeur, un grand professionnel des médias.
Résultat : le processus de désignation a pris du retard et Christel Heydemann a fini par faire l'unanimité par défaut, alors même qu'elle n'était recommandée ni par Spencer Stuart, ni par le comité de gouvernance d'Orange. Ce qui en dit long sur la manière dont l'État gère ses participations publiques et les talents qui sont à leurs commandes.