L'ex-patron de GreenFlex gagne une manche décisive contre Total >
Selon nos informations, le groupe TotalEnergies vient de perdre en cour d'appel contre Frédéric Rodriguez, l'ex-patron de sa filiale GreenFlex, acquise en 2017 pour 52 millions d'euros. L'activité de l'économie du renouvelable, de ce qu'est alors Total, dirigée par Philippe Sauquet, cherche, à cette époque, à se développer et repère cette société qui se veut un partenaire-clé de la transformation énergétique, environnementale et sociétale des organisations. En plus du prix d'acquisition, Total promet à une dizaine de cadres dirigeants qu'ils recevront par la suite pour 15 millions d'euros d'actions gratuites si certains objectifs d'Ebitda sont conformes au Business Plan.
Mais très vite, Frédéric Rodriguez se voit imposé des contraintes « intra-groupe » qui l'empêchent de développer GreenFlex comme il l'espérait. Non seulement l'acquisition par Total ne produit pas de synergies, mais elle freine l'activité de cette société pourtant dotée d'une belle expertise et installée sur un marché en forte croissance. Un rapport établi par la société Fairlinks et sur lequel s'est appuyée la justice relève que : « Pour des motifs dont nous n'avons pas connaissance, Total a imposé à GreenFlex d'importantes distorsions stratégiques (intégration de nouveaux métiers, abandon de certaines activités historiques, implantation dans de nouveaux pays, etc.), et, de fait, rendu impossible l'atteinte des objectifs d'Ebitda prévus, à court terme, dans le Business Plan d'Acquisition. »
Par ailleurs, un échange de mails entre deux cadres dirigeants de Total, daté du 7 juillet 2020, écrit dans un langage plus ou moins codé, laisse songeur : « Je te demande de bien vouloir assister à cette démonstration pour : 1/ pouvoir “proprement” éliminer la proposition de GreenFlex pour Primevère et 2/ se doter d'arguments précis et solides pour disqualifier les outils que GreenFlex prétend pouvoir utiliser pour les CER. »
Frédéric Rodriguez, débarqué en 2020 de sa société par Total, a donc utilisé l'article 145 du code de procédure civile. Sur cette base, une ordonnance du tribunal de commerce a autorisé un huissier à saisir près de 15 000 mails internes à Total, où il est question de GreenFlex.
Un an plus tard, Total a obtenu de ce même tribunal de commerce la rétractation de cette décision. Mais la cour d'appel vient de donner raison à Frédéric Rodriguez et les mails saisis vont pouvoir être examinés un par un afin de voir s'il y a eu volonté de Total de « plomber » les comptes de GreenFlex et de rendre inatteignables les objectifs de rentabilité fixés lors de l'acquisition.
C'est la victoire de David contre Goliath. Et pour TotalEnergies, c'est ce qu'on appelle une sale affaire qui concerne une filiale acquise pour un montant équivalent à 0,04 % de sa capitalisation boursière. Au moment précis où le groupe déroule une stratégie de forte réduction de son empreinte carbone.