Quelles sont les grandes menaces qui vont peser sur le nouveau mandat d'Emmanuel Macron ? >
Emmanuel Macron a été réélu il y a une semaine pour un second mandat qui doit le mener jusqu'en 2027, l'année de ses cinquante ans. Il quittera alors le monde politique à l'âge où la plupart commencent à y prendre des postes de responsabilité. Cette réélection est une chance pour la France. D'abord, lorsque l'on connaît le bilan économique de son premier mandat avec une politique de l'offre menée en faveur des entreprises. Et, ensuite, par comparaison avec le programme de son opposante du second tour.
Le programme d'Emmanuel Macron pour les cinq années à venir risque de se trouver contrarié par des menaces venant de mouvements économiques internationaux. Ce que les économistes appellent les « externalités ».
Mais si son programme pour les cinq années à venir comprend des mesures importantes pour le pays dans le domaine économique et social (retraite à 65 ans, RSA sous condition d'activité, relance du nucléaire, accélération du plan de relance avec la réindustrialisation du pays dans certains secteurs clés…), il risque de se trouver contrarié par des menaces venant de mouvements politiques ou économiques internationaux.
C'est ce que les économistes appellent les « externalités ». Et elles n'ont jamais été aussi nombreuses. Inventaire des risques.
1. La guerre en UkraineDéclenchée le 24 février dernier, avec le soutien de 150 000 militaires russes et beaucoup d'artillerie, elle ne donne pas aux Russes les résultats espérés. Il semble que Poutine a sous-estimé la détermination des Ukrainiens, l'importance de leur matériel de guerre (ils sont largement équipés en drones de reconnaissance, par exemple) et l'appui apporté par de très nombreux pays, grâce à une campagne de relations publiques très bien menée par le président Zelensky. À tel point que, la semaine dernière, des gros-porteurs américains n'ont pas hésité à atterrir en Ukraine chargés d'armes lourdes. Le même jour, le Secrétaire d'État américain, Antony Blinken, était à Kiev pour une réunion avec le Président ukrainien. Le soir même, Moscou a mis en garde contre le danger « réel » d'une troisième guerre mondiale. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a fait allusion au risque d'une guerre nucléaire. Lorsque l'on s'aperçoit, a posteriori, que dans cette affaire ukrainienne, Moscou a mis toutes ses menaces à exécution, il y a matière à prendre au sérieux de telles déclarations.
De manière plus prosaïque, cette guerre, à deux heures d'avion de la France, a des conséquences négatives sur la croissance (qui sera nulle au deuxième et troisième trimestre), comme l'a mentionné la semaine dernière le FMI. Avec de multiples interactions : choc d'offre à cause des difficultés d'approvisionnement de certains produits alimentaires ; choc énergétique avec le risque de coupure du gaz russe à l'automne prochain et emballement du prix du baril ; et climat d'incertitude qui pèse sur le monde des affaires.
2. Le choc inflationnisteEntre décembre 2020 et décembre 2021, le taux d'inflation annuel dans l'Union européenne est passé de 0,3 % à 5,3 %, selon Eurostat. Phénomène identique dans la zone euro où le taux de d'inflation est passé de - 0,3 % en décembre 2020, à 5 % en décembre 2021. Durant les premiers mois de l'année 2022, le taux d'inflation annuel a poursuivi son augmentation historique. Ainsi, en février 2022, il s'établit à 6,2 % dans l'Union européenne. On retrouve une hausse encore plus considérable pour la zone euro, puisqu'en mars 2022 le taux d'inflation annuel est estimé à 7,5 % en moyenne dans les 19 pays ayant la monnaie unique.
3. Les problèmes d'approvisionnementLes entreprises françaises continuent de subir les effets des ruptures de chaînes d'approvisionnement un peu partout dans le monde, et notamment en Chine. Selon les experts de Mirabaud, il faut toujours, en moyenne, 111 jours pour que les marchandises atteignent un entrepôt aux États-Unis à partir du moment où elles sont prêtes à quitter une usine asiatique, ce qui est proche du record de 113 établi en janvier et représente plus du double du trajet en 2019, selon Flexport Inc. Le voyage vers l'Europe en direction de l'Ouest prend encore plus de temps : un quasi record de 118 jours.
4. L'échéance du 20e congrès du PC chinoisCela fait quelques mois que tous les regards du monde sont braqués vers la Chine en raison de la tenue du 20e congrès du Parti communiste chinois, qui devrait avoir lieu en novembre prochain, la date exacte n'ayant pas encore été communiquée. Pour Xi Jinping, qui sera vraisemblablement réélu secrétaire général du Parti et président de la République, c'est un enjeu important, car les errements de la stratégie Zéro-Covid pourraient influer sur la composition du bureau politique. Par ailleurs, cela aura aussi un impact sur le choix du nouveau Premier ministre qui succédera au fidèle Li Keqiang, dont le départ est prévu en 2023.
On dénombre actuellement près de cinquante zones en plein confinement, dont Shanghai, et chacun redoute que Pékin connaisse bientôt le même sort. Cela se traduit par des mouvements de contestation, la population chinoise n'acceptant plus une stratégie Zéro-Covid qui ne fonctionne pas. De surcroît, les confinements vont peser sur la croissance. Si bien que Nomura a réduit ses prévisions de hausse du PIB de la Chine au deuxième trimestre à 1,8 % sur douze mois, contre 3,4 %, ce qui représenterait un recul marqué par rapport aux 4,8 % du premier trimestre.
5. La question climatiqueLe GIEC a publié, il y a quatre semaines, un rapport alarmant, dans lequel il est écrit que les promesses « creuses » entraînent la planète vers un réchauffement désastreux de 3 °C mais que le monde a encore une chance d'éviter le pire, en transformant radicalement l'économie et en faisant plafonner les émissions d'ici à moins de trois ans. Selon ce rapport, sans un renforcement des politiques actuelles, le monde se dirige vers un réchauffement de +3,2 °C d'ici à la fin du siècle, et même si les engagements pris lors de la COP26 de l'an dernier étaient tenus, le mercure monterait de + 2,8 °C, alors que chaque dixième de degré supplémentaire provoque son lot de nouvelles catastrophes climatiques. Désormais, cette question intervient au cœur des préoccupations des économistes, dans la mesure où les moyens à mettre en œuvre nécessitent une masse gigantesque de capitaux. Et si Emmanuel Macron a décidé d'en faire une priorité de son second mandat, le bilan, en la matière, de son premier quinquennat n'est pas rassurant.