Comment Stéphane Courbit a permis à son groupe de doubler de valeur en trois ans >
Il y a quelques jours, la société Lov Group Invest, détenue à 100 % par Stéphane Courbit, la holding de tête du groupe qu'il a bâti en un quart de siècle, a procédé à une réduction de capital consistant au rachat de certains titres pour un montant légèrement supérieur à 9 millions d'euros. Cette opération a permis – par transitivité – de valoriser la société à 1,7 milliard d'euros. Un chiffre « sans doute dans le bas de la fourchette », selon l'un des financiers qui conseillent habituellement Stéphane Courbit. Au mois de juillet dernier, le magazine Challenges évaluait sa fortune personnelle à 2,1 milliards d'euros. Une chose est certaine, lors de notre précédente estimation datant de la fin 2019, la société Lov Group Invest était alors valorisée autour de 750 millions d'euros. Ce qui signifie qu'en moins de trois ans Stéphane Courbit a permis à son groupe de multiplier sa valeur par un peu plus de deux. Explications de cette réussite.
Les actifs de Lov Group InvestSelon le prospectus d'introduction en Bourse de FL Entertainment, Lov Group Invest a comme seul actif une participation de 88,55 % au capital de la Financière Lov, le cœur du groupe. Les autres actionnaires de cette société sont, entre autres, Fimalac (le groupe de Marc Ladreit de Lacharrière) à hauteur de 8,34 % et Alain Minc à hauteur de 2,18 %. Il est possible que le banquier anglo-saxon Simon Robertson soit également un petit actionnaire de cette structure. Mais nous n'avons pu le vérifier. La Financière Lov a comme actif principal une participation de 74,11 % au capital de la société cotée à Amsterdam, FL Entertainment, qui regroupe l'activité de production audiovisuelle (Banijay) et celle de paris en ligne (Betclic). Mais en fait, elle détient 46,95 % des droits économiques de ce très bel actif. À côté de cela la Financière Lov a créé de toutes pièces une activité d'hôtellerie de luxe réunie au sein de Lov Hôtel Collection (Les Airelles à Courchevel, Les Airelles à Val d'Isère, La Bastide à Gordes, Le Château de la Messar-dière et Pan Deï Palais à Saint-Tropez et Le Grand Contrôle à Versailles). Par ailleurs, elle détient 75 % de la pâtisserie Ladurée rachetée à la famille Holder et les chocolats Fouquet. Enfin, la holding possède le Château d'Estoublon acquis avec la famille Prats. Le couple Sarkozy est actionnaire de la société Estoublon Holding qui contrôle RoseBlood, la société qui commercialise le vin produit à Estoublon et vendu sous cette griffe.
Marc Ladreit de Lacharrière et Alain Minc font partie des quelques actionnaires de la Financière Lov, le cœur du groupe.
L'aventure BanijayStéphane Courbit a commencé sa vie professionnelle dans la production audiovisuelle, d'abord avec Christophe Dechavanne, puis avec l'animateur Arthur avec lequel il crée Case Productions, renommée ensuite ASP. Cette société est rachetée par Endemol pour un montant déjà élevé à l'époque (Athur avait confessé avoir touché 305 millions d'euros pour la moitié des parts). Et Stéphane Courbit devient le président d'Endemol France qu'il quitte en 2007 en revendant ses parts. C'est à ce moment-là qu'il crée Banijay en rachetant progressivement les maisons de production de la plupart des animateurs (Cyril Hanouna, Nagui…) dont certains deviennent actionnaires. Il fait prospérer Bani-jay en France et à l'international, jusqu'à être en mesure de racheter, en 2019, pour 2 milliards d'euros, Endemol Shine à Disney et au fonds Apollo. Cette opération est déterminante dans la création de valeur au cours des trois dernières années.
Le rachat d'EndemolLorsque Stéphane Courbit a décidé du rachat d'Endemol l'opération paraissait très audacieuse tant il semblait que David s'attaquait à Goliath. Banijay affichait alors un chiffre d'affaires deux fois moins important qu'Endemol. Pour financer l'opération il a fait appel aux banques pour 2,5 milliards d'euros, a ouvert davantage le capital de Banijay à Vivendi et a renforcé ses fonds propres grâce au soutien de Fimalac. Et le pari a été largement gagnant. D'abord, le rapprochement a généré 67 millions d'euros de synergies (avec un multiple de 10 ou 11, cela entraîne une création de valeur de plus de 700 millions d'euros). Pour cette année, les perspectives de l'activité de production de contenu font ressortir un chiffre d'affaires de 3 milliards d'euros avec un Ebitda de 450 millions d'euros. Banijay profite de la compétition entre les plateformes de streaming qui ont besoin de contenu et de la bataille entre les « streamers » et les « broadcast ». Par ailleurs, le groupe poursuit sa croissance externe. Au cours des trois derniers mois il a annoncé trois acquisitions ou projets d'acquisitions.
Le De-SPACing et la cotation de FL EntertainmentL'autre moteur de la création de valeur réalisée par Stéphane Cour-bit est la décision de révéler au marché la rentabilité de ce qui a été construit avec Banijay et Betclic en les regroupant au sein de FL Entertainment. Mais aussi en profitant d'une fusion avec le SPAC Pegasus Entrepreneurs créé en 2021 par la Financière Agache et Tikehau avec Jean-Pierre Mustier (ex-patron d'Unicredit) et Pierre Cuilleret (ex-associé de Geoffroy Roux de Bézieux chez Phone House). À cette occasion, FL Entertainment a reçu en fonds propres 220 millions d'euros au travers d'un Private Investment in Public Equity (PIPE), 50 millions d'euros investis par Tikehau Capital et Financière Agache, 250 millions d'euros par la Financière Lov et plus de 100 millions d'euros de Pegasus Entrepreneurs. Aujourd'hui, FL Entertainment pèse 4,2 milliards d'euros en Bourse. La part revenant à la Financière Lov est donc proche de 2 milliards d'euros. À cela s'ajoutent 450 millions d'euros d'autres actifs (les hôtels, Ladurée, Estoublon), et dont il faut retrancher 450 millions d'euros de dette. Lov Group Invest détenant 88,55 % de la Financière Lov, la valeur de la holding de tête s'établit donc à environ 1,75 milliard d'euros. Soit un milliard d'euros de plus qu'il y a trois ans. Beau parcours bâti sur ce business solide et pérenne qu'est l'entertainment.