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Story de la semaine / Automobile / 14/11/2022

Comment Renault et Nissan négocient les nouvelles conditions de leur alliance

Les dirigeants de Renault ont présenté mardi dernier aux investisseurs financiers la nouvelle stratégie du constructeur automobile. Celle-ci est bâtie, notamment, autour de deux nouvelles entités. La première, « Ampère », a vocation à regrouper l'activité véhicules électriques de Renault et devrait être introduite en Bourse sur le modèle de Polestar, filiale de Volvo. La seconde, « Horse », au sein de laquelle serait associé le chinois Geely – mais aussi sans doute le saoudien Aramco, même si les discussions sont en cours – regrouperait le savoir-faire incomparable de Renault dans le véhicule thermique. Avant d'être dévoilée, cette nouvelle stratégie – qui comporte d'autres partenariats structurants avec Qualcomm ou Google par exemple – a été présentée par Jean-Dominique Senard au chef de l'État, ainsi qu'à Alexis Zajdenweber, le nouveau Commissaire aux Participations de l'État, qui a fait son entrée il y a quelques jours au conseil d'administration de Renault.

Mais, parallèlement à cette nouvelle stratégie industrielle et commerciale, la firme au losange est engagée dans une grande négociation avec son partenaire Nissan. Des discussions qui visent à reconstituer des relations de confiance entre les deux groupes. Ce qui passe par un rééquilibrage de leur alliance capitalistique. Un travail très minutieux et de longue haleine qui pourrait aboutir autour du 22 novembre.

Les discussions de Renault et Nissan pourraient aboutir autour du 22 novembre.

Reconstituer des relations de confiance entre les deux groupes

Ce n'est un secret pour personne que les relations entre Renault et Nissan étaient devenues soit détestables soit inexistantes à la fin de l'ère Ghosn. Ce dernier a certes, dans un premier temps, avant de succéder à Louis Schweitzer, réussi la prouesse de redresser le constructeur japonais alors moribond. Mais une fois devenu patron de Renault, de Nissan et de l'Alliance Renault-Nissan, il a fait du japonais une sorte de vassal, alors que Renault était certes le premier actionnaire, mais dénué de véritables droits de votes. En l'absence d'une réelle gouvernance et compte tenu du fonctionnement devenu byzantin de l'alliance (localisée à Amsterdam), Renault imposait son diktat à un Nissan de plus en plus méfiant. Jusqu'au moment où Emmanuel Macron, alors ministre de l'Économie, a accru la part de l'État au capital de Renault, déséquilibrant de fait le contrat de mariage initial entre les deux constructeurs. Une initiative qui a sans doute constitué le dernier clou sur le cercueil des relations de confiance entre Renault et Nissan.

L'opération déminage de Jean-Dominique Senard

En qualité de président non-exécutif de Renault, et donc responsable du bon fonctionnement de la gouvernance du groupe, l'ancien patron de Michelin s'est attelé dès janvier 2019 – alors que Carlos Ghosn venait d'être arrêté à Tokyo – à renouer le fil avec des Japonais forcément très méfiants. De manière à montrer la bonne volonté de Renault il a progressivement transformé l'alliance Renault-Nissan qui était devenue un instrument personnel du pouvoir de Carlos Ghosn. Il a réussi à réinstaurer des vrais groupes de travail, avec l'implication de Luca de Meo, le directeur général de Renault, et Makoto Uchida, le patron opérationnel de Nissan. Et à force d'allers-retours Paris-Tokyo, ce fils de diplomate a mis fin au climat de défiance. Mais il a également bien compris que l'une des clés du succès de l'alliance reposait sur un rééquilibrage des liens capitalistiques entre Renault et Nissan.

Le schéma de nouvelle alliance capitalistique

À l'heure actuelle Renault possède 43,4 % de Nissan, soit un actif de 6,1 milliards d'euros, inférieur à la valeur dans ses livres (15 milliards). De son côté, Nissan détient 15 % de Renault, mais n'a pas de droits de vote. Quant aux droits de vote dont dispose Renault chez Nissan, ils ne peuvent être exercés que dans des conditions très encadrées. Les deux groupes sont donc d'accord pour détenir chacun 15 % du capital de l'autre, avec les droits de vote correspondants. Comme Renault ne peut pas céder une partie de sa participation sous peine d'extérioriser une forte perte, l'idée serait de loger environ une participation de 28,5 % au capital de Nissan détenue par Renault au sein d'un trustee. Ce qui neutraliserait de fait ses droits de vote. Parallèlement, Nissan retrouverait l'usage de ses droits de vote. Les banquiers conseils des deux groupes discutent encore des modalités du trustee et des conditions dans lesquelles il serait amené à céder ses titres, sans que ceux-ci tombent dans les mains de fonds activistes de plus en plus présents au Japon.

Les « à-côtés » du rééquilibrage entre Renault et Nissan

À cela viennent s'ajouter les effets secondaires liés à la nouvelle stratégie de Renault. Nissan devrait donc devenir actionnaire d'Ampère, sans doute à hauteur de 15 %. Mitsubishi pourrait également figurer au capital de cette structure qui a vocation à être cotée fin 2023. Un gros problème reste à régler qui tient aux questions de propriété intellectuelle, notamment dans le domaine des batteries à électrolyte solide (spécialité de Nissan). Que deviendraient ces brevets si Ampère les valorise à l'avenir auprès d'autres constructeurs. Enfin, les questions de gouvernance et de « comitologie », ainsi que l'explique un des banquiers conseils de cette opération, préoccupent beaucoup les dirigeants de Nissan, qui veulent – cette fois-ci – être considérés comme de vrais partenaires et non comme des vassaux. Il faut donc s'attendre à une nouvelle organisation de l'alliance qui restera présidée par Jean-Dominique Senard. « L'enfer est dans les détails », a-t-on coutume de dire. Les Japonais, échaudés par l'expérience Ghosn, tiennent donc à ce que tout soit précisé dans le moindre détail. Des calls réguliers réunissent les banquiers conseils, les avocats et les dirigeants des deux groupes plusieurs fois par semaine, vers 5 heures du matin pour tenir compte du décalage horaire japonais. Avec pour but de parvenir, si possible, à une annonce définitive le mardi 22 novembre.

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