Les défis industriels de l’Europe
De passage à Paris, Thierry Breton trouve le temps de me recevoir à déjeuner dans un de ses restaurants chinois préférés, non loin des Invalides. Trois ans exactement après sa nomination comme commissaire au Marché intérieur. Une bonne occasion de faire un bilan sur ses principaux domaines de compétence à la Commission européenne : le marché intérieur, l’espace, la défense, le numérique, les matières premières stratégiques et l’attractivité sous toutes ses formes.
Pas question pour lui d’entrer dans les jeux de pouvoirs qui animent Bruxelles entre la Commission présidée par l’Allemande Ursula von der Leyen, dont le collège se réunit chaque mercredi, le conseil présidé par le Belge Charles Michel et le Parlement européen présidé depuis janvier dernier par la Maltaise Roberta Metsola. En revanche, il savoure le fait d’avoir conclu un « trilogue » – accord entre ces trois parties prenantes – sur une troisième constellation de satellites destinée à renforcer le portefeuille européen d’infrastructures spatiales après Galileo et Copernicus. Doté d’un budget européen de 2,4 milliards d’euros (plus une contribution de l’Agence spatiale européenne et des investissements privés à venir), IRIS fait de l’espace un vecteur de notre autonomie européenne. Ce projet que Thierry Breton a porté pendant des mois renforce le rôle de l’Europe en tant que puissance spatiale.
Mais le principal sujet de préoccupation de l’ancien ministre de Jacques Chirac, c’est incontestablement l’Inflation Reduction Act approuvé, il y a quelques semaines, par le Congrès américain et qui déroule des milliards IRIS sera une constellation souveraine centrée sur les services gouvernementaux à la pointe de la technologie. Proposé à ce poste en octobre 2019 par Emmanuel Macron, sa nomination a été approuvée par le Parlement européen le 14 novembre 2019. - II - La guerre commerciale n’est pas une nouveauté dans les relations entre les Etats-Unis et l’Union européenne. Les Allemands sont frileux à l’idée d’un plafonnement des prix, craignant que cela limite leur capacité d’achat de gaz. Afin de faciliter cette mise en œuvre, la Commission serait habilitée à répertorier les projets dits stratégiques. de dollars de subventions aux entreprises européennes désireuses d’ouvrir des usines outre-Atlantique. Avec comme « bonus » un prix de l’énergie garanti pendant au moins dix ans. S’il se refuse à afficher le moindre défaitisme, le commissaire reconnaît que c’est un coup dur.
Pas question bien sûr de se résigner pour autant. Celui qui dialogue dans la même journée avec Emmanuel Macron comme avec Elon Musk prépare une réponse en trois actes. D’abord résoudre la question du prix de l’énergie secoué durablement par la guerre en Ukraine. Avec un plafonnement du prix du gaz autour de 275 euros le mégawattheure, c’est-à-dire un niveau assez élevé pour ne pas effrayer les Allemands. Avec son astuce qui a constitué à redonner de la visibilité à la « clause de revoyure » prévue pour 2026 dans la directive sur la fin des véhicules thermiques. Enfin avec une initiative majeure dans le domaine de l’accès aux matières premières.
C’est début 2023 que le commissaire au Marché intérieur espère décliner ce nouveau grand projet baptisé « Raw Material Act ». D’abord en se concentrant sur les applications stratégiques de manière à donner un signal aux investisseurs privés sur les besoins prioritaires des industriels européens, notamment dans la défense. Ensuite en construisant un réseau d’agences européennes capables de développer des capacités de surveillance pour permettre à l’industrie d’anticiper les risques de perturbations, de hausses de prix ou de pénuries. Puis en construisant une chaîne d’approvisionnement plus résiliente, de l’exploitation minière au raffinage, au traitement et au recyclage. Enfin en garantissant des conditions de concurrence équitables solides et durables grâce aux outils de notre marché unique.
Pour cet ancien industriel qui a l’Europe dans le sang, c’est bien là le meilleur moyen de solidifier notre Vieux Continent et d’y fortifier ses entreprises.