Comment Catherine MacGregor a redressé la situation chez Engie >
En l'espace de deux ans, Catherine MacGregor aura pratiquement réussi à faire l'unanimité en sa faveur. Elle est ainsi passée du statut d'« inconnue du CAC 40 » – comme certains la surnommaient à son arrivée –, à celui de dirigeante capable de transformer rapidement un groupe miné jusqu'alors par les conflits internes et une diversification jugée excessive et coûteuse. De quoi remobiliser les équipes du groupe et rassurer les investisseurs.
Pourtant, lorsqu'elle prend les commandes de l'énergéticien en janvier 2021, la situation est compliquée pour Engie. Le groupe est marqué depuis des années par les tensions au sein de sa gouvernance : d'abord entre Jean-François Cirelli et Gérard Mestrallet, puis entre ce dernier et Isabelle Kocher, avant un nouveau conflit entre l'ancienne DG et Jean-Pierre Clamadieu. En outre, tandis que les équipes apparaissent alors démobilisées, les investisseurs reprochent la complexité du groupe présent dans 70 pays et s'appuyant sur 25 Business Units dont ils peinent à voir les synergies entre elles.
À cela s'ajoutent plusieurs procès en illégitimité à l'égard de l'ancienne présidente de Technip Energies. Avec un profil associé au secteur pétrolier, certains n'ont pas manqué d'interroger ses capacités à mener la transition énergétique d'Engie vers les énergies renouvelables. En outre, elle n'est pas issue de l'establishment du monde des affaires. Enfin, comme Isabelle Kocher avant elle, elle subit les raccourcis sexistes attribuant sa nomination au fait qu'elle soit une femme.
Recentrage stratégique et simplification de l'organisationÀ son arrivée, le conseil d'administration a défini plusieurs orientations stratégiques incluant une simplification de la structure du groupe avec un recentrage sur ses activités principales et la gestion de la transition énergétique. Catherine MacGregor va donc ramener le nombre de divisions à quatre (énergies renouvelables, Energy Solutions, infrastructures, production thermique et fourniture d'énergie), réduire la présence géographique du groupe à une trentaine de pays et rationaliser ses activités.
En redonnant un cap clair avec un projet commun lié aux énergies renouvelables, Catherine MacGregor est parvenue à ressouder les équipes en interne.
Le recentrage stratégique d'Engie va lui permettre de récupérer plusieurs milliards d'euros à travers différentes cessions : Gaztransport & Technigaz (« GTT ») ou Equans. Des opérations qui ont permis à Engie de simplifier sa structure, de ne plus avoir à gérer des activités sans réelles synergies avec ce qu'il sait faire et/ou pré-sentant une rentabilité limitée – 3 % environ de profitabilité opérationnelle pour Equans en 2021. Un mouvement d'ampleur qui devrait avoir pris fin pour un moment, selon différentes sources.
Tout en reconnaissant que, dans le contexte actuel, il est difficile de savoir ce qu'il en sera du marché de l'énergie dans dix ou vingt ans, plusieurs investisseurs saluent par ailleurs le développement dans les énergies renouvelables qui nécessite de lourds investissements qu'Engie va pouvoir financer avec son trésor de guerre. Ces activités devraient en effet permettre de générer des revenus récurrents, jugent les analystes financiers.
Plusieurs actionnaires du groupe partagent également la vision de l'entreprise en matière de transition énergétique où le gaz a, selon Engie, un rôle important à jouer, aucune solution technologique ne pouvant à elle seule garantir et rendre accessible cette transition aux différents acteurs économiques. L'électrification va de plus prendre du temps. Or les besoins sont importants et les acteurs capables d'y répondre peu nombreux. Tout l'enjeu est en revanche de parvenir à produire des énergies décarbonées (hydrogène, biométhane…).
L'action retrouve des couleursEn redonnant un cap clair avec un projet commun lié aux énergies renouvelables, Catherine MacGregor est en outre parvenue à ressouder les équipes en interne. Son passé dans les ressources humaines chez Schlumberger ainsi que ses fonctions exercées à des postes opérationnels sont appréciés en interne, tout comme son implication dans les comités d'entreprise européens et sa volonté d'échanger avec les représentants du personnel. Une vraie rupture de style avec la direction précédente, selon de nombreux employés.
Les résultats ont par ailleurs été au rendez-vous, avec : un bond de 47 % de son bénéfice avant intérêts et impôts (Ebit), à 9 milliards d'euros, dopé par la hausse des prix du gaz sur fond de crise de l'énergie ; et une dette nette ramenée à 24,1 milliards d'euros.
Conséquence, l'action Engie se porte mieux avec un cours de Bourse en hausse de plus de 13 % depuis l'arrivée de Catherine MacGregor, contre un recul supérieur à 2 % sur la même période pour l'indice regroupant les principales valeurs de services aux collectivités – le Stoxx Europe 600 Utilities. Même si l'action affiche toujours une baisse de 65 % par rapport à avril 2008. Le groupe reste pénalisé aux yeux de beaucoup par la présence de l'État français qui détient 24 % du capital et plus de 33 % des droits de vote.
Cependant, le plus dur commence sans doute maintenant pour Catherine MacGregor qui va devoir faire face à de nombreux enjeux d'ici deux à trois ans (voir ci-dessous). Car après avoir démontré qu'elle savait exécuter et transformer en profondeur, elle est attendue sur sa capacité à délivrer. En l'espèce, les marchés financiers veulent maintenant voir si sa stratégie fonctionne et crée de la valeur. l