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Story de la semaine / Services aux collectivités / 24/04/2023

Le rachat de Suez par Veolia a-t-il créé de la valeur ?

Deux ans après la signature de l'accord du Bristol, ayant permis l'OPA de Veolia sur Suez et, surtout, la fin des hostilités entre les deux géants mondiaux des services à l'environnement, qu'en est-il du succès de cette opération ? Ce rachat porté par le président de Veolia Antoine Frérot a-t-il permis de créer de la valeur ? Des questions qui devraient être abordées ce jeudi 27 avril lors de l'assemblée générale des actionnaires du groupe dirigé par Estelle Brachlianoff.

Avec Suez, Veolia a renforcé ses positions dans de nombreux secteurs et pays. Le groupe compte désormais parmi les trois plus gros acteurs aux États-Unis dans les services de l'eau et la gestion des déchets dangereux, deux secteurs où il est également le numéro un mondial. Il est aussi l'un des leaders européens dans le chauffage urbain ou encore l'efficacité énergétique.

L'entreprise est désormais positionnée sur un marché représentant quelque 2 500 milliards d'euros : 500 milliards pour la décarbonation, 600 milliards pour l'économie et la régénération des ressources, et 1 400 milliards pour la dépollution. Enfin, Veolia, qui a investi 165 millions d'euros en recherche et innovation (R & I) en 2022, a également pris une autre dimension dans ce domaine, en doublant, par exemple, le nombre de ses brevets par rapport à 2021, alors que certains craignaient que le groupe ne réduise la voilure en la matière pour faire des économies.

Action en hausse et « très bons » résultats

Depuis la paix signée dans le palace parisien en avril 2021 – où dirigeants et administrateurs clé de chacune des deux sociétés (Antoine Frérot et Louis Schweitzer côté Veolia, Philippe Varin et Delphine Ernotte pour Suez) s'étaient réunis sous la médiation de Gérard Mestrallet–, l'action Veolia a gagné environ 34 % malgré les incertitudes liées à la récession l'an dernier. Dans le même temps, l'indice des prin-cipales valeurs européennes de services aux collectivités – le Stoxx Europe 600 Utilities – a été stable tandis que le taïwanais Cleanaway Company Ltd a grappillé 9 % et l'américain American Water Works a perdu 2 %.

150 millions d'euros de synergies atteints dès la première année de l'intégration de Suez.

Quant aux résultats financiers, les investisseurs et analystes financiers saluent de « très bons » chiffres en 2022. Le chiffre d'affaires a approché les 43 milliards d'euros en 2022, contre moins de 29 milliards un an auparavant, et la marge d'Ebit courant s'est améliorée à 7,1 %, contre 6,2 % en 2021. Ce sont toutefois les économies réalisées qui ont le plus impressionné, avec près de 150 millions d'euros de synergies atteints dès la première année de l'intégration de Suez, contre un objectif de 100 millions. Conséquence, l'entreprise propose à ses actionnaires de leur verser un dividende de 1,12 euro par action au titre de 2022, contre 1 euro un an plus tôt et 70 centimes pour l'exercice 2020.

Si les actionnaires ont de quoi être satisfaits, qu'en est-il des salariés alors que Veolia s'est engagé à maintenir l'emploi pendant quatre ans dans le cadre de l'OPA sur Suez ? Selon une enquête annuelle réalisée par Ipsos, le taux d'engagement des collaborateurs a atteint le niveau record de 89 % en 2021, + 2 % par rapport à 2021. Illustrant également la confiance des employés, le taux de souscription au plan d'actionnariat salarié de novembre 2022 s'est élevé à 42 %, un niveau, là aussi, record pour le groupe. Grâce à cela, les salariés de Veolia sont désormais le premier actionnaire de l'entreprise avec 6,5 % du capital de la société.

Un nouveau plan stratégique en février 2024

L'attention accordée aux employés n'est pas anodine dans un groupe dont le président met en avant les notions de collectif et de pyramide inversée, cette idée selon laquelle le plus important n'est pas le dirigeant de la société mais les personnes sur le terrain. D'ailleurs, l'adhésion des équipes de Veolia et des ex-Suez est une obsession de la direction, consciente que la réussite du rapprochement des deux entités passera par là. Car seules des équipes pleinement engagées et convaincues pourront permettre au groupe d'atteindre ses objectifs financiers.

C'est aussi pour cette raison que la nouvelle directrice générale n'a pas, selon nos informations, l'intention de revoir à la hausse ses objectifs annuels, jugeant qu'il ne convient pas de mettre davantage la pression sur ses équipes en cours d'exercice malgré les bons résultats. Le groupe bénéficie en outre d'une très forte visibilité grâce à des contrats de longue durée (onze ans en moyenne et aucun renouvellement majeur avant 2028) et une moindre exposition aux problématiques économiques actuelles (70 % de son chiffre d'affaires est indexé sur l'inflation et 85 % de ses revenus ne sont pas exposés au ralentissement économique).

Désireux de réussir l'intégration de Suez, Veolia n'a pas l'intention de se lancer dans une nouvelle opération structurante pour le moment, selon plusieurs sources. Et aucune autre cession n'est envisagée dans l'immédiat en dehors de la Sade – spécialiste de la conception, la construction et la maintenance des réseaux d'eau – prévue d'ici à la fin de l'année sur la base d'une valorisation d'environ 300 millions d'euros, selon nos informations.

Passé le 27 avril, le prochain rendez-vous important pour les investisseurs devrait être en février 2024. À cette date, Estelle Brachlianoff devrait présenter son plan stratégique 2024-2027 et détailler la prochaine feuille de route de l'entreprise qui va devoir faire face à de multiples enjeux, au-delà de l'intégration de Suez (voir encadré ci-dessous).

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