Société Générale : Le changement d'équipe dirigeante, une opportunité à ne pas manquer >
«C'est vous l'avenir ». La signature de marque de la Société Générale trottera sans doute ce mardi dans la tête de plusieurs actionnaires de la banque lors de leur assemblée générale, à l'heure où l'établissement est en pleine réorganisation et passation de pouvoir. Après 15 ans à la tête de SocGen, Frédéric Oudéa laissera demain soir les rênes de l'entreprise à Slawomir Krupa, l'actuel directeur général adjoint de 48 ans en charge des activités de banque de grande clientèle et solutions investisseurs. Un passage de relais préparé depuis plusieurs mois qui pourrait aussi marquer le retour au premier plan des grands clients du groupe après l'attention portée à la banque de détail.
Décidé à ne pas perdre de temps, Slawomir Krupa, qui a fait pratiquement toute sa carrière au sein du groupe, prépare depuis plusieurs mois sa prise de fonction et a déjà choisi le futur état-major de la banque fondée sous Napoléon III en 1864. Il sera ainsi épaulé par deux directeurs généraux délégués, également fins connaisseurs de l'entreprise avec 35 ans de maison chacun : Philippe Aymerich et Pierre Palmieri. Tous les trois siégeront au sein d'un comité exécutif composé de 13 membres dont 7 femmes.
Deux personnes codirigeront les activités de banque de grande clientèle et solutions investisseurs : Anne-Christine Champion et Alexandre Fleury. Marie-Christine Ducholet prendra la tête du réseau SG en France, Claire Dumas celle de la direction financière, alors que Delphine Garcin-Meunier sera chargée des activités de mobilité et de banque de détail à l'international. Stéphane Landon sera le patron des risques, Laura Mather occupera le poste de chief operating officer, Laetitia Maurel chapeautera la direction de la communication, et Grégoire Simon-Barboux sera responsable de la conformité. Enfin, transfuge d'Alstom, Anne-Sophie Chauveau-Galas dirigera les ressources humaines.
Les investisseurs guettent un rebond du cours de Bourse. À plus de 140 euros en 2007, l'action Société Générale s'échange aujourd'hui autour de 22 euros.
La semaine dernière, la banque a également annoncé plusieurs nominations au sein de la banque de grande clientèle et solutions investisseurs. Demetrio Salorio a été nommé responsable du pôle global banking and advisory, et Ilya Polyakov responsable adjoint de cette branche, aux côtés d'Alvaro Huete. Thierry d'Argent va prendre la responsabilité pays pour le groupe au Royaume-Uni et en Irlande, et la direction générale de Société Générale London Branch. Hatem Mustapha et Sylvain Cartier vont s'occuper des activités de marché.
Une stratégie très attendueC'est peu de dire que la nouvelle équipe dirigeante, qui entrera en fonction dès le lendemain de l'assemblée générale des actionnaires, est attendue aussi bien du côté des investisseurs qu'en interne. Les attentes sont fortes à l'égard de Slawomir Krupa dont la feuille de route stratégique doit être présentée au troisième trimestre, alors que certains ont pu reprocher à Frédéric Oudéa un manque de vision à long terme.
Parmi les grands axes de la stratégie envisagée figurent, notamment, la création de la nouvelle banque de détail SG en France issue de la fusion des réseaux du Crédit du Nord et de la Société Générale, le développement de Boursorama, ou encore l'amélioration structurelle des performances opérationnelles et de la rentabilité du groupe. À cela s'ajoutent le projet d'acquisition de LeasePlan par ALD et celui de joint-venture avec AllianceBernstein.
Tout cela doit se faire alors qu'il est souvent reproché un manque de stabilité à la banque, considérée par certains en crise permanente – ce qui lui a valu le surnom de « ShockGen » de la part d'une partie de ses contempteurs. La Société Générale pâtit également aujourd'hui de son exposition à la banque de détail en France et, depuis plusieurs années déjà, d'un déficit d'image par rapport à ses concurrents, en particulier vis-à-vis de l'établissement dirigé par Jean-Laurent Bonnafé, BNP Paribas (voir encadré).
Redresser le cours de BourseDu côté des employés, on exprime aussi un besoin de cohésion et la nécessité d'être rassuré. On craint également de potentielles baisses de coûts pour améliorer la profitabilité et faire face aux hausses de salaire en période d'inflation. De plus, la méfiance est grande dans la banque de détail à l'égard d'un nouveau patron passé par la banque de financement et d'investissement.
Les investisseurs, eux, ne souhaitent qu'une chose : un rebond du cours de Bourse. Alors qu'elle se négociait à plus de 140 euros en mai 2007, l'action Société Générale s'échange aujourd'hui autour de 22 euros, soit pratiquement la moitié du niveau qui était le sien il y a cinq ans. À titre de comparaison, BNP Paribas a perdu 5 % en 5 ans et le Crédit Agricole entre 12 et 13 % quand l'indice regroupant les principales valeurs bancaires européennes – le Stoxx Europe 600 Banks – a abandonné 15 % dans le même temps.
La tâche qui attend Slawomir Krupa et son équipe peut paraître d'autant plus grande que l'environnement macroéconomique actuel est marqué par les tensions géopolitiques et un risque de récession économique. Reste que ce changement de direction est plutôt bien accueilli de la part d'observateurs qui veulent y voir une opportunité pour la banque de se redresser et d'éclaircir son avenir. l