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Business / 12/06/2023

Semi-conducteurs : STMicroelectronics, un acteur clé pour la souveraineté de l'Europe

Renforcer l'indépendance industrielle de la France et de l'Europe. C'est l'un des principaux arguments avancés par Bruno Le Maire, le ministre de l'Économie au moment de justifier l'aide de 2,9 milliards d'euros accordée par l'État français à la nouvelle usine de semi-conducteurs de STMicroelectronics et GlobalFoundries (voir encadré ci-contre). Ce projet, d'un montant de 7,5 milliards d'euros, s'ajoute à la construction d'une usine de fabrication de substrats en carbure de silicium en Italie, qui va nécessiter 730 millions d'euros sur cinq ans, avec le soutien de l'État italien, à hauteur de 292,5 millions d'euros. Dans les deux cas, les aides apportées par l'Italie et la France, qui détiennent environ 28 % du capital de STMicro, ont été validées par la Commission européenne. Réputée pour être très stricte sur les aides d'État, pourquoi Bruxelles a-t-elle accepté d'assouplir ses règles ? C'est que l'enjeu est de taille pour l'Europe. Il en va en effet de la souveraineté du Vieux Continent, qui dépend aujourd'hui en grande partie des États-Unis, pour la conception (design) des puces – Intel, Micron, AMD, NVidia – et de l'Asie pour leur fabrication (TSMC, Samsung, SK Hynix). Car la part de l'Union européenne (UE) dans la capacité de production mondiale des semi-conducteurs a chuté, passant de 44 % à 9 % en trente ans.

Un enjeu technologique et industriel majeur

Représentant un marché mondial de quelque 600 milliards d'euros, les semi-conducteurs sont pourtant une technologie aujourd'hui essentielle, présents partout dans notre quotidien et dans la quasi-totalité des secteurs de l'économie. Voiture, ordinateurs, smartphones, robotique, éclairage, satellites, appareils médicaux, tondeuses, grille-pain ou cafetières. Tous ces produits en sont équipés. Rien que dans un téléphone portable, il y a environ 160 puces différentes, quand une voiture électrique hybride peut en compter jusqu'à 3 500. Et de nouveaux marchés voient le jour pour l'industrie avec le cloud, l'internet des objets (IoT), la 5G, les supercalculateurs ou encore l'intelligence artificielle.

Essentiellement produits à Taïwan et en Corée, la crise sanitaire et ses confinements ont entraîné une pénurie des semi-conducteurs qui a contraint plusieurs entreprises, comme Renault ou Peugeot, à mettre à l'arrêt certaines de leurs usines ces dernières années. Car produire des puces prend du temps. Il faut compter entre deux à trois mois pour fabriquer des puces dans des usines fonctionnant 24 heures/24 tous les jours de l'année. Et cela peut prendre jusqu'à cinq mois entre la conception et l'envoi d'un composant.

L'UE a mis en place le Chips Act pour quadrupler la production de semi-conducteurs en Europe et doubler sa part de marché, d'ici à 2030.

À la prise de conscience de la très forte dépendance européenne sont venues s'ajouter les tensions croissantes entre la Chine et les États-Unis, qui ont remis en lumière le risque d'une invasion de Taïwan par Pékin. Dès lors, l'Europe a fait de ces composants un enjeu technologique et industriel majeur, nécessitant de rapatrier sur place une partie de la production.

Pour cela, l'UE a donc mis en place le Chips Act l'an dernier, doté de plus de 43 milliards d'euros. Objectif : quadrupler d'ici à 2030 la production en Europe de semi-conducteurs et permettre à l'UE de doubler sa part de marché, à 20 %, d'ici la fin de la décennie. Un plan à comparer toutefois à celui des États-Unis, d'environ 52 milliards de dollars pour relocaliser la fabrication des puces, et à l'enveloppe de 100 milliards que le Taïwanais TSMC compte investir en trois ans pour accroître ses capacités de production. Mais Bruxelles espère que les industriels européens viendront prendre le relais, incités par son nouveau cadre.

Aider l'Europe à devenir un leader de la prochaine génération de puces

Outre la qualité de sa recherche, le Vieux Continent peut s'appuyer sur de grands groupes comme Infineon, NXP Semiconductors et STMicroelectronics. Dans le top 15 mondial du secteur, l'entreprise dirigée par Jean-Marc Chéry offre l'avantage d'être l'un des rares fabricants intégrés de semi-conducteurs, capable d'intervenir depuis le design jusqu'à la vente du produit. Le groupe compte plus de 200 000 clients à travers le monde, dont de très importants comme Apple, Samsung, Bosch, HP, Continental, Huawei, SpaceX, ou Tesla.

Même si, selon Gartner, le marché des semi-conducteurs doit reculer cette année (-11 %), après le boom des deux derniers exercices, avant de rebondir en 2024 (+ 18,5 %), STMicro pourrait profiter d'opportunités de croissance jugées prometteuses par plusieurs analystes. La société intervient aujourd'hui dans trois domaines – la mobilité intelligente ; la puissance et l'énergie ; l'Internet des objets et la connectivité – qui offrent de fortes perspectives. Par exemple, les ventes de voitures électriques devraient tripler entre 2021 et 2025, la demande mondiale d'électricité croître de plus de 30 % au cours de la décennie actuelle, et le marché des services de sécurité IoT dépasser 12 milliards de dollars d'ici à 2025.

Confiant, le groupe, dont Nicolas Dufourcq, le directeur général de Bpifrance, vient d'être nommé président du conseil de surveillance, vise plus de 20 milliards de dollars de chiffre d'affaires annuel à l'horizon 2025-2027, contre 16,13 milliards en 2022, et espère devenir un leader dans l'électrification et la numérisation des véhicules, mais aussi dans les capteurs ou encore la gestion de l'énergie et de la puissance. Toute la question est de savoir si cela profitera au Vieux Continent et permettra de concrétiser le vœu du commissaire européen au marché intérieur, Thierry Breton : faire de l'Europe un leader de la prochaine génération de puces.

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