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Story de la semaine / Technologie / 26/06/2023

Où en est le plan stratégique d'Atos avant l'AG du groupe ?

Un an après avoir présenté son plan stratégique et à deux jours de l'assemblée générale (AG) de ses actionnaires, qui a déjà donné lieu à quelques passes d'armes en amont entre la direction et un concert emmené par Sycomore AM, quels sont les effets des mesures prises pour redresser Atos ? Quels sont les reproches que peuvent faire les investisseurs à l'égard du président de la société, Bertrand Meunier, et de son équipe dirigeante ? À quoi s'attendre lors de l'AG ?

Juin 2022, Atos dévoile son plan de transformation reposant sur la scission du groupe en deux. D'un côté, Tech Foundations qui regroupe les activités d'infogérance, les espaces de travail numériques et les services professionnels d'Atos, et de l'autre, Evidian, renommée depuis Eviden, qui rassemble ses solutions dans la transformation numérique, le big data et la cybersécurité, et compte l'armée et le ministère des Finances parmi ses clients. Ce plan jugé complexe a mis du temps à convaincre.

Il faut dire qu'au même moment, Rodolphe Belmer, directeur général d'Atos depuis alors moins de six mois, a décidé de claquer la porte. Certains investisseurs ont également interprété ce plan comme un aveu d'échec de la stratégie d'acquisitions conduite depuis dix ans par le groupe, notamment sous l'ère de l'ancien PDG, Thierry Breton. En une semaine, l'action Atos va passer de plus de 21 euros à moins de 13, et poursuivre sa chute jusqu'à tomber à 7,16 euros en septembre.

Redressement en cours

Depuis, la valeur est remontée autour de 13 euros, dopée par l'intérêt, réel ou supposé, pour Evidian/Eviden de groupes industriels – Onepoint, Thales, Orange, Airbus – ou de fonds – CVC Capital Partners, Apollo, Bain Capital –, et les rumeurs de rachat concernant Tech Foundations. Mais pas uniquement, la situation du groupe s'est également redressée avec, au premier trimestre, une croissance organique de 2,8 % de son activité portée par Eviden (+ 9,5 %).

Pour Tech Foundations (-2,6 % au T1), dirigée par Nourdine Bihmane, Atos entend stabiliser le chiffre d'affaires annuel autour de 5 milliards d'euros, contre 6 milliards en 2022, en coupant ses nombreux contrats à perte. De quoi espérer une marge opérationnelle de 6 à 8 % en 2026, alors qu'elle est redevenue positive avec trois ans d'avance sur le plan initial.

Autre priorité, la rationalisation du portefeuille d'activités avec la cession de celles jugées non stratégiques pour un montant total de 700 millions d'euros. Ce montant serait pratiquement atteint. Par ailleurs, même si des recours sont possibles, une bonne nouvelle est venue des États-Unis, où la cour d'appel a rendu une décision favorable à Atos dans le litige opposant sa filiale Syntel à TriZetto. Le jugement initial condamnant la société à verser 570 millions de dollars de dommages et intérêts a ainsi été annulé.

Le programme de cessions d'actifs non stratégiques de 700 millions d'euros déjà pratiquement finalisé.

Défiance à l'égard de la direction

Pour autant, des investisseurs restent dubitatifs. Certains estiment qu'il aurait été préférable de lancer une augmentation de capital pour financer les besoins d'une activité comme Eviden, confrontée à une concurrence prête à investir des milliards pour se développer, alors que les valorisations et les conditions de marché étaient plus favorables il y a un an. Le recrutement de Rodolphe Belmer, homme de médias, est aussi considéré comme une erreur de casting, aujourd'hui reconnue dans les couloirs du siège d'Atos. Surtout, même si cela remonte à plus de deux ans, beaucoup ont perdu confiance dans la direction depuis l'épisode DXC Technology que la société à envisager de racheter après avoir laissé entendre que l'Infrastructure Management n'était pas dans sa stratégie.

Un autre élément est également mis en avant par un concert d'actionnaires emmené par Sycomore AM : le manque d'expertise, dans les métiers d'Atos, de certains membres du conseil d'administration de la société. Ce concert, qui détient plus de 3 % du capital du groupe et dénonce également les baisses de l'action et de la marge depuis 2019, demande donc la révocation d'Aminata Niane et Vernon Sankey, ainsi que celle de Bertrand Meunier qu'ils souhaitent remplacer par Léo Apotheker, 69 ans, ancien patron d'HP et de SAP, lors de l'AG qui se tient ce mercredi. Ces demandes ont-elles une chance d'aboutir ?

Du côté d'Atos, on semblait un peu plus serein ces derniers jours après que les agences en conseil de vote (proxy advisors) ISS et Glass Lewis ont recommandé de ne pas voter en faveur des résolutions proposées par la société de gestion d'actifs et ses alliés. De plus, bien que jugée louable, l'approche de Sycomore AM arrive tardivement aux yeux d'actionnaires considérant que cela aurait pu se faire il y a un ou deux ans. D'autant qu'ils l'estiment risquée alors que la scission semble proche. Autant, désormais, aller au bout de la stratégie actuelle, selon eux. Reste que la question de la gouvernance se posera après la scission. D'aucuns reconnaissent la nécessité de renforcer l'indépendance et l'expertise des conseils d'administration des deux entités qui pourraient être bientôt séparées.

L'assemblée de mercredi promet d'être chahutée, avec sans doute de nombreuses questions sur l'avancée des dossiers Eviden et Tech Founations (voir ci-dessous). Elle devrait être également suivie depuis l'Élysée, où Alexis Kohler, le secrétaire général du Château et bras droit d'Emmanuel Macron, garde un œil attentif sur le dossier. Question de souveraineté industrielle.

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