Pourquoi la scission d'Atos s'avère bien plus complexe qu'annoncé… >
En l'espace de deux mois, le projet de scission d'Atos SE, passant par la vente, au groupe de Daniel Kretínský, de la totalité du capital de Tech Foundations, a vu grandir le nombre d'obstacles sur sa route. Primo, il a été très mal accueilli par les actionnaires du groupe. La valeur de l'action a été divisée par deux sur la période et se trouve à son plus bas niveau historique. Les dirigeants d'Atos ont curieusement indiqué, le 22 septembre dernier, que ceux qui critiquent le projet rendu public le 1er août dernier font le jeu des vendeurs à découvert. Ce qui est en effet possible mais qui témoigne d'une grande naïveté. Car, d'une part, les analystes financiers sont libres de leurs opinions. Et, d'autre part, il est difficile d'avoir raison contre le marché. Secundo, les semaines qui viennent s'annoncent comme une course d'obstacles avec quatre haies à franchir. La première est la signature d'un « Share Purpose Agreement » avec EP Equity Investment pour le rachat de Tech Foundations. Cette procédure se trouve compliquée par l'apparition d'un débat politique pour des raisons de souveraineté industrielle. De manière à calmer le jeu, Daniel Kretínský a fait savoir au ministre des Armées et à celui de l'Économie qu'il était prêt à renoncer à son entrée au capital d'Eviden. Mais, juridiquement, cela pourrait remettre en cause toute la construction annoncée au milieu de l'été. La deuxième haie est la convocation d'une augmentation de capital prévue d'ici à la fin de l'année et destinée à approuver à la fois l'opération et l'augmentation de capital d'Atos SE (futur Eviden) sur une base de prix facial trois fois supérieur au cours actuel. Compte tenu du climat actuel, il existe un risque de vote négatif. C'est la raison pour laquelle JP Morgan chercherait à faire acquérir des paquets d'actions Atos par plusieurs family-office. La troisième haie est la réalisation de l'augmentation de capital à laquelle BNP Paribas et JP Morgan ont pourtant accordé un engagement de garantie. Et la dernière haie est la renégociation des financements conclus en juillet 2022. Compte tenu d'une dette de 2,3 milliards à fin juin, d'une forte consommation de trésorerie au premier semestre et d'une situation plus tendue que prévu ces dernières semaines, qui pourrait être à l'origine des changements de dirigeants annoncés il y a quelques jours, ce refinancement n'est pas une mince affaire. Si l'une ou l'autre de ces haies ne pouvait être franchie, la question des équilibres financiers d'Atos serait posée.