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Story de la semaine / Infrastructures / 08/07/2024

Getlink fête ses 30 ans avec des perspectives radieuses

Le groupe Getlink (anciennement dénommé Eurotunnel) a fêté en mai dernier les trente ans du percement du tunnel sous la Manche. Après des débuts difficiles liés à un endettement excessif, à des coûts de construction plus élevés que prévu et à des perspectives de trafic trop optimistes, l'entreprise concessionnaire des trois tunnels de 50 kilomètres qui relient Coquelles dans le Pas-de-Calais à Folkestone dans le Kent, a retrouvé la cote auprès des investisseurs.

Trente ans d'histoire chaotique

Il faut remonter à 1986 pour trouver les racines d'un projet scellé par le traité de Canterbury, signé en présence de François Mitterrand et de Margaret Thatcher. Pour cette dernière, il ne devait pas coûter un seul « public penny ». Il a donc été financé de manière privée, avec une introduction en Bourse en 1987 qui a séduit quelque 800 000 actionnaires individuels, dont 80 % de Français. Ceux-ci se regrouperont en 1996 au sein de l'Adacte (Association de défense des actionnaires d'Eurotunnel), qui réussira, en 2004, une première en France : renverser le PDG d'Eurotunnel, Richard Shirrefs, pourtant soutenu aussi bien par le gouvernement britannique qu'hexagonal. Il faut dire que les petits porteurs avaient vu le cours de l'action, introduite à 35 francs, fondre à 0,44 euro en mai 2006, après avoir atteint 128 francs en mai 1989.

La stabilisation de la gouvernance depuis 2005, avec l'arrivée de Jacques Gounon à la présidence, a ouvert la voie à une restructuration de la dette. Le projet, qui a coûté 20,5 milliards d'euros en tenant compte de l'inflation, soit trois fois plus que ce qui était anticipé, oblige à une restructuration financière. En novembre 2007, 28 des 53 créanciers représentant 72 % de la dette (estimée à 9 milliards d'euros) approuvent une réduction de moitié de celle-ci. Un tournant qui permet alors à Eurotunnel d'entamer une trajectoire vertueuse. Les bénéfices apparaissent suivis des premiers dividendes. Et, aujourd'hui, Getlink profite de ses atouts en matière de décarbonation pour conforter son assise. « En l'espace de trente ans, il est remarquable de constater que Getlink a atteint l'objectif ambitieux des fondateurs de ce projet, se réjouit Yann Leriche, directeur général de Getlink : rapprocher deux éco-nomies, deux cultures, deux peuples. Le tunnel sous la Manche est et reste le lien vital entre le Royaume-Uni et l'Europe continentale. » Un demi-milliard de passagers a emprunté le tunnel sous la Manche au cours de ces trois décennies.

Aujourd'hui, Getlink profite de ses atouts en matière de décarbonation pour conforter son assise.

Une diversification réussie

Getlink symbolise la transition vers la rentabilité, qui doit beaucoup à la diversification des activités du groupe initiée dès 2004. Au transport des voyageurs, puis des camping-cars, le groupe devient, avec l'ouverture du fret ferroviaire à la concurrence en 2004, un opérateur ferroviaire de transport de fret. Il consolide ce pôle d'activité, rebaptisé Europorte, en rachetant, en 2009, Veolia Cargo France. Le groupe complète sa stratégie de croissance en lançant en 2022 ElecLink, qui transporte de l'électricité via deux câbles à haute tension dans le tunnel. Le chiffre d'affaires de la filiale a représenté plus de 30 % de celui du groupe, qui s'est élevé à 1,829 milliard d'euros, contre 1,085 en 2019. « Le lancement d'Eleclink a renforcé l'attractivité du titre Getlink, souligne Sven Edelfelt, analyste chez Oddo Securities. Ce projet s'est soldé par des résultats bien meilleurs que prévu :  368 millions de résultat opérationnel en 2023 contre une guidance initiale à 70 millions d'euros. »  Il a renforcé le positionnement commercial du groupe dans la lutte contre les émissions de carbone. « Notre objectif de croissance sur le Transmanche contribue activement à la décarbonation des échanges entre le Royaume-Uni et l'Europe continentale, nos solutions étant moins émissives que celles de nos concurrents, les ferries, souligne Yann Leriche. Sur le plan du trafic passager grande-vitesse les marques d'intérêt de nouveaux opérateurs (Heuro, Evolyn, Virgin) pour lancer de nouveaux services commerciaux entre capitales européennes via le tunnel permettront aussi de réduire l'empreinte carbone des voyages. »

Un gros travail sur les tarifs

La diversification est l'un des éléments qui a compensé l'impact du Brexit. L'autre élément réside dans le « pricing management »: le groupe a beaucoup augmenté les prix, jouant la carte du confort pour gagner des parts de marché face aux ferries, moins chers. « Si Getlink est finalement une success story, c'est principalement grâce au price management. Le trafic de fret et de passagers est encore loin des niveaux pre-Brexit : 28 % en dessous pour les camions et 23 % pour les passagers. Les compagnies aériennes, qui n'ont pas été impactées par le Brexit, ont déjà retrouvé leur nouveau pre-Covid. » L'expert d'Oddo Securities indique que les containers de marchandises entre le continent et le Royaume-Uni s'acheminent désormais vers les ports irlandais qui ont des accords douaniers plus favorables avec l'Angleterre.

Des perspectives prometteuses

« Nous anticipons une accélération du trafic ferroviaire d'ici à dix ans, indique Yann Leriche. C'est une des raisons pour lesquelles nous nous sommes dotés de capacités supplémentaires en changeant le système d'alimentation électrique du tunnel pour être en mesure de passer de 400 à 1 000 trains par jour. La croissance du trafic viendra des nouvelles destinations directes entre Londres et Francfort, Cologne, Genève, Bâle, ou de l'arrivée de nouveaux opérateurs sur les destina-tions existantes. »

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