Danone a retrouvé la forme, et maintenant ? >
Antoine de Saint-Affrique fêtera, le 15 septembre, le troisième anniversaire de son arrivée à la tête de Danone. Tous les experts s'accordent à reconnaître que le groupe est aujourd'hui bien différent de « l'homme malade du secteur de l'agroalimentaire » qu'il était lorsqu'il l'a rejoint à l'appel de Gilles Schnepp en 2021. La « révolution à bas bruit » menée par celui qui a fait ses classes chez Unilever avant de prendre les rênes du Suisse Barry Callebaut, a remis Danone dans la cour des grands. Quel rôle pourra y jouer l'entreprise centenaire et pourra-t-elle poursuivre seule son destin ?
Un duo de choc rassurant« 14 mars 2021 : c'est une date clé pour Danone. Celle qui annonce une nouvelle ère. Gilles Schnepp, ancien dirigeant de Legrand dont il a fait une entreprise extraordinaire, prend la présidence du conseil d'ad-ministration de Danone. À partir de là, tout va changer », indique Guillaume Laconi, gérant chez Edmond de Rothschild Asset Management. Le 14 mars 2021, l'assemblée générale de Danone démet de ses fonctions Emmanuel Faber, alors PDG du groupe dans lequel il avait fait toute sa carrière. Ce départ récompense les efforts de deux actionnaires activistes, le britannique Blue-Bell Capital et l'américain Artisan Partners, « déçus » par les résultats financiers et leur impact sur le cours de Bourse de la stratégie menée par Emmanuel Faber. Ils reprochent au successeur de Franck Riboud de s'être dispersé et d'avoir perdu « le bon équilibre entre la création de valeur pour l'actionnaire et les questions de durabilité ».
Antoine de Saint-Affrique, la première année de son mandat, écoute les consommateurs et les employés plutôt que les banquiers.
L'arrivée de Gilles Schnepp, satisfaisant la volonté des actionnaires de scinder les fonctions de président et de directeur général, ouvre la voie à celle d'Antoine de Saint-Affrique, Ce dernier est retenu au détriment du candidat déclaré, un ancien de Danone, Max Koeune, PDG de McCain. Antoine de Saint-Affrique était lui passé, dans les années 1990, dans le groupe alors dirigé par Antoine Riboud auquel le nom de Danone est intrinsèquement associé. Le choix du comité des nominations de Danone se porte sur un homme de terrain, qui passe la première année de son mandat à visiter les usines dans le monde entier. Plutôt que les voix des banquiers d'affaires, il écoute celles des consommateurs, le club des « Danoners », et celles des employés du groupe, affectés par la crise de gouvernance de 2021 et par deux décennies au cours desquelles l'un des fleurons du CAC 40 a traversé plusieurs crises, dont celle de la prétendue OPA de PepsiCo en 2005.
Simplification et croissance rentable« Antoine de Saint-Affrique a mis les bonnes personnes, les bonnes marques, les bons produits, à la bonne place, souligne Pierre Tegnér, analyste chez Oddo BHF. Ce faisant, il a donné à chacun le sentiment de confiance qui leur manquait pour donner le meilleur dans leur rôle. Il a su simplifier la structure de management et créer le bon équilibre entre l'autonomie et l'obligation de délivrer. Il a accompagné la transition de Danone de l'adolescence à l'âge adulte, ce qui était le plus grand défi du groupe au cours des dix dernières années. » Parmi les mesures phares du plan Renew Danone, que le quinquagénaire a lancé en 2022, une rationalisation du portefeuille de marques et un recentrage sur ses activités stratégiques a été menée à bien en un temps record. « La simplification du groupe a joué un rôle clé souligne Guillaume Laconi. Les cessions ont porté sur 10 % du chiffre d'affaires et le nombre de marques et de références a été réduit. Danone a ainsi retrouvé le chemin de la croissance profitable, d'où sa revalorisation en Bourse. » Et Jon Cox, analyste chez Kepler Cheuvreux d'ajouter : « Saint-Affrique a transformé ce qui était une structure organisationnelle dysfonctionnelle en une entreprise scientifique axée sur le consommateur. »
Les résultats du groupe, connu pour ses marques de produits laitiers et d'origine végétale (près de 52 % de son chiffre d'affaires), de nutrition infantile (30,8% du chiffre d'affaires) et d'eaux (Évian, Volvic, etc.), soit 17,3 % du chiffre d'affaires, confirment un redressement à tous les niveaux. Le chiffre d'affaires de 27,6 milliards d'euros marque une nette croissance (7 %). Le bénéfice net, hors éléments exceptionnels, progresse de 3,5 % à 2,3 milliards d'euros alors que le consensus attendait 1,7 milliard. Cette dynamique s'inscrit dans une tendance durable, selon Jon Cox : « Danone est au bon endroit au bon moment en termes d'expertise dans le domaine des protéines, des produits biologiques et de la santé intestinale, à une époque où les consommateurs sont plus soucieux de leur santé et comprennent plus que jamais que l'on est ce que l'on mange. Le yaourt est la catégorie qui connaît actuellement la plus forte croissance en Amérique du Nord, dans un contexte de transition vers des régimes protéinés et avec le soutien des utilisateurs de GLP-1, les nouveaux médicaments contre l'obésité. »
Peut encore mieux faireMême si, comme le précise Guillaume Laconi, « le duo qui tient les rênes de Danone a amélioré l'attractivité auprès des investisseurs en relançant le groupe et sa valorisation », le groupe souffre d'une décote par rapport à ses concurrents. « Si Danone réussit à maintenir son retour sur les capitaux employés au-dessus de 10 %, les investisseurs commenceront à la considérer comme une valeur de qualité, et non plus comme une valeur en convalescence. Pour ce faire, des acquisitions pourraient changer la donne, conclut Pierre Tegnér. » Antoine de Saint-Affrique est, selon les analystes, le mieux placé pour poursuivre la consolidation du groupe, qui devra passer par une stratégie plus offensive de croissance externe.