Les premiers ne seront pas forcément les derniers >
Comme dans toute révolution technologique, les premiers à en tirer profit sont les constructeurs des infrastructures. Cela a été le cas au début des années 2000, lorsque les opérateurs historiques de télécoms, propriétaires des réseaux, ont dominé l'Internet. L'intelligence artificielle s'inscrit dans cette logique. « La situation de Capgemini comparée à celle des fabricants de cartes graphiques utilisées pour l'IA (GPU, Graphic Processing Unit) rappelle, selon Guillaume Laconi, celle de la ruée vers l'or : les GPU sont les pelles, les sociétés de consulting en services IT, comme Capgemini, aident leurs clients à comprendre comment les utiliser au mieux pour trouver de l'or dans leur data. Puis, viendra le temps du déploiement à grande échelle des changements de process, de la personnalisation etc. D'où le décalage entre l'explosion des ventes de Nvidia et l'impact aujourd'hui bien plus mesuré sur l'activité des entreprises de service IT. » Nicolas David ajoute : « Capgemini, comme Accenture, profiteront à moyen et long terme de l'IA, mais ne pourront en tirer une rente à court terme comme le font Nvidia ou les fournisseurs d'infrastructures Cloud (Microsoft, Amazon, Google). Les grands éditeurs partenaires de ces SSII (SAP, Oracle, Salesforce) n'ont pas de produits très pertinents sur le marché actuellement et, de façon générale, l'IA n'implique pas directement de gros projets d'intégration complexes. Tout au plus un peu de conseil et d'accompagnement, notamment pour les clients qui veulent transférer leur parc informatique sur le cloud. Cela concerne surtout des grandes entreprises, qui ont besoin de bases de données homogènes et conformes au RGPD. Elles allouent actuellement des budgets limités pour un travail qui prendra du temps. » Le rythme des opportunités créées par l'IA pour Capgemini ou Accenture, « est radicalement différent, poursuit l'expert d'Oddo BHF. L'exemple d'Airbus est parlant : ils ont coupé leurs dépenses IT alors même qu'il y a toujours un important besoin de digitalisation. Le problème c'est que les solutions actuelles ne permettent pas de réduire les coûts. » Ce qui explique qu'« il n'existe pas de corrélation entre les ventes de Nvidia et celles d'Accenture ou de Capgemini. Nvidia vend aux “hyperscalers”, les AWS, Mircrosoft Azure et Google Cloud qui eux, sont les mieux placés pour bénéficier des avancées de l'IA ».