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Coffee Talk / Cathy Collart Geiger / 12/06/2026

Cathy Collart Geiger :
"Nous aimerions pouvoir dire que nous sommes, chez Maison Nicolas, des créateurs de lien. Mais la loi nous l’interdit."

Cathy Collart Geiger, l’ancienne patronne de Picard, est depuis un peu plus d’un an à la tête du premier réseau de cavistes de France, qu’elle a rebaptisé "Maison Nicolas" (Groupe Castel). Avec un objectif : renouer avec la croissance et faire redécouvrir l’enseigne aux plus jeunes.

Cathy Collart Geiger, directrice générale de Maison Nicolas (photo Karla Vinter-Koch).

Le matin, est-ce que vous vous réveillez avec la radio, le téléphone, ou le bip-bip du réveil ?
C’est d’abord mon téléphone qui fait bip, enfin, une sonnerie plutôt stridente. Dès que je me lève, je vérifie mes messages, pour savoir s’il s’est passé quelque chose pendant la nuit. C’est plus tard, pendant mon trajet, que j’écoute la radio. Généralement RTL et la matinale de Thomas Sotto. Le lundi, j’arrive parfois un peu plus tard et il m’arrive d’écouter l’émission de témoignages de Faustine Bollaert, toujours sur RTL. La dernière fois, elle recevait un capitaine de la Légion étrangère, qui parlait de leadership et d’engagement. Il rappelait également que la Légion reste l’un des derniers endroits où l’on fédère autant de nationalités différentes, de gens qui ne parlent pas la même langue, mais qui se retrouvent autour d’un projet unique qui les amène à se dépasser.

Quand on est chef d’entreprise et qu’on mène un important projet de transformation, comme vous avec Maison Nicolas, c’est le genre de discours qui vous parle ?
Oui et à plus d’un titre, pour tout vous dire. Mon père était militaire et j’ai passé une partie de mon enfance sur une base française en Allemagne. Il m’a très vite expliqué la notion d’engagement, ce que cela voulait dire quand on part au combat. Je suis moi-même aujourd’hui engagée dans la réserve citoyenne de l’armée de l’air et de l’espace. Je suis persuadée qu’un patron doit être le premier des soldats : celui qui s’engage avant les autres, montre la ligne, avec une vraie exemplarité. Aujourd’hui, dans le monde du travail, on ne s’engage que parce que ce qu’on fait à du sens, parce qu’on suit un dirigeant qui a une vision et des convictions et qui sait les partager simplement.

Quelles sont vos sources d’information ?
Je reçois les notifications de Franceinfo sur mon téléphone, pour suivre l’actualité générale. Et pour l’actualité de mon secteur, nous avons une revue de presse interne très complète.

Quelle info pourrait, en ce moment, vous mettre particulièrement de bonne humeur ?
Ça serait d’apprendre que les députés ont accepté de détendre un peu la loi Évin, qui est pour nous très contraignante. Je comprends tout à fait que l’on soit vigilant et même intransigeant sur les questions de sécurité routière. Et il faut une consommation responsable. Mais cette loi nous empêche totalement de parler de convivialité, de partage et de plaisir, alors que cela fait partie de notre culture que de se retrouver autour d’un bon verre. On sait que huit Français sur dix disent souffrir de solitude, or en France la table nous réunit. Nous aimerions pouvoir dire que nous sommes, chez Maison Nicolas, des créateurs de lien. Mais la loi nous l’interdit et censure toute association entre vin, bière et convivialité. Par exemple, dans une publicité, nous n’avons pas le droit de montrer un caviste souriant. Je pense qu’on pourrait donner un peu de souplesse en matière de communication aux acteurs responsables, aux producteurs, aux territoires viticoles, pour mettre en avant le partage, dans une période où on a plutôt tendance à opposer les uns aux autres, même si, à nouveau, je milite pour la tolérance zéro en matière de sécurité routière.

Si vous avez 15 minutes à attendre, que regardez-vous sur votre téléphone ?
Souvent, je regarde les mails, que je n’ai pas le temps de regarder. Pour les urgences, on me contacte plutôt par SMS ou WhatsApp. Les mails, c’est moins urgent, donc je les traite dans les moments de creux.

Fréquentez-vous les réseaux sociaux ?
Je vais assez souvent sur LinkedIn, où je poste assez régulièrement, tout comme l’entreprise. Je suis aussi souvent taguée, c’est donc l’occasion de réagir. Je mets un point d’honneur à répondre à tous mes messages, sans l’aide d’une petite main ni de l’intelligence artificielle. J’ai aussi un compte Instagram, mais sur lequel je ne poste rien. Cela me permet simplement d’aller suivre mes équipes, mes cavistes.

Avez-vous un émoji préféré pour réagir sur les réseaux sociaux ?
Je suis un peu glamour, je mets des cœurs ! Quand vraiment j’ai aimé le contenu, les témoignages ou les retours qu’on peut me faire, je mets des cœurs.

Quel est le dernier contenu que vous avez "liké" ?
Le post d’un caviste à propos de notre chariot de courses Maison Nicolas. Nous l’avons sorti il y a quelques semaines et beaucoup le relaient de manière virale et le font voyager un peu partout en France.

Qu’a-t-il de particulier, ce chariot ?
J’ai eu l’idée de proposer ce chariot après avoir constaté que les ventes baissaient dans certains magasins : en allant voir sur place, j’ai découvert que c’était, à chaque fois, parce que des places de stationnement avaient été supprimées à proximité. Les clients achetaient moins de bouteilles par visite, tout simplement parce que c’était devenu plus compliqué à transporter. D’où l’idée de proposer un chariot de courses, adapté : il possède deux compartiments, dont un isotherme, pour pouvoir mettre un carton de six bouteilles sans écraser le reste des courses. Et trois roues pour monter les trottoirs sans difficulté. J’ai trouvé une entreprise pour le fabriquer en France et, depuis que nous l’avons lancé, j’ai beaucoup de retours très positifs, en interne et de nos clients. Pour moi c’est l’illustration de ce que doit être le bon sens commerçant : se mettre à la place de son client pour comprendre ses besoins et gommer les éventuels irritants.

Le chariot de courses, avec deux sacs séparés dont un isotherme, imaginé pour Maison Nicolas et fabriqué en France (photo D.R.).

Quel usage faites-vous personnellement de l’intelligence artificielle ?
Elle nous sert principalement pour valoriser notre data : nous avons six millions de transactions par an et il faut pouvoir en tirer les informations pertinentes pour comprendre ce qu’attendent nos clients, faire évoluer nos offres et nos assortiments, ou encore décider d’ouvrir une cave à tel ou tel endroit…

Avez-vous de vrais moments de déconnexion ?
J’ai le cerveau qui tourne en permanence, c’est difficile de le mettre sur pause. Mais, pendant les vacances, pour la paix familiale, j’essaye de mettre le travail un peu à distance et de ne consulter mes mails que deux fois par jour, le matin et le soir, pour que cela ne soit pas trop envahissant.

Avez-vous le temps et le goût de lire ?
Essentiellement pendant les vacances. Toute l’année, j’achète des livres et je les empile en attendant l’été. Je mets autant de soin à préparer ma valise que ma pile de livres à emporter.

Qu’est-ce qu’il y a dans votre pile pour les prochaines vacances ?
Récemment, j’ai acheté Le commandement ne dort jamais, aux éditions de L’Aube. C’est encore en lien avec l’armée, un ouvrage collectif coordonné par Emmanuelle Duez, qui est, elle dans la réserve citoyenne de la marine et qui accompagne des dirigeants et des conseils d’administration. Dans ma pile, j’ai aussi Les passeurs de sens, de Laurent Chouraqui, un livre sur des managers "qui font grandir", qui questionne le sujet de la transmission.

Est-ce qu’il y a un livre qui vous a particulièrement marqué ?
Récemment, c’est Joséphine d’Yquem, par Christel de Lassus, qu’on m’a offert à l’occasion de la visite du château d’Yquem avec lequel Maison Nicolas travaille. On me fait souvent la remarque que nous sommes peu de femmes dans le monde du vin. Là, c’est la preuve qu’il y a toujours eu de grandes femmes pour entreprendre dans le vin. J’ai trouvé extraordinaire et fascinant le destin de cette femme, visionnaire et résiliente, qui a hérité de la propriété familiale à la mort de son mari et a imaginé ce vin liquoreux devenu le plus célèbre au monde.

Ce livre, on vous l’a offert. Mais vous, y a-t-il un livre que vous aimez offrir ?
Le livre que j’ai certainement le plus offert, c’est Écoute ton corps de Lise Bourbeau. Je suis quelqu’un de très investi et engagé, mais je me suis rendu compte en lisant ce livre que je ne prenais peut-être pas assez de temps pour moi. Ce livre vous rappelle que finalement, votre seule responsabilité dans la vie, c’est vous-même. Et que vous n’êtes pas responsable du bonheur des autres, même si vos paroles et vos actes ont bien évidemment des conséquences. On peut créer les conditions du bonheur, mais ensuite chacun en est responsable et est responsable de ses émotions. J’avoue que cela m’a enlevé un poids.

Regardez-vous des séries ? Laquelle avez-vous récemment aimé ?
J’ai bien aimé Outlander, sur Netflix. C’est une saga à la fois historique et sentimentale, avec un peu de fantastique. Ça commence en Écosse, mais ça parle aussi de la naissance des États-Unis, de la France, avec une belle histoire d’amour et d’engagement à travers le temps.

Avez-vous un film culte ?
Le jour le plus long, sur cette journée hors normes du 6 juin 1944. Toujours peut-être en écho au fait que j’aurais voulu être militaire de carrière. C’est un film avec une distribution incroyable, que je peux voir et revoir. Et dans un registre plus léger, j’adore aussi Pretty Woman.

Si une actrice devait un jour jouer votre rôle, qui aimeriez-vous que ce soit ?
Julia Roberts ! Ou Kristin Scott Thomas, qui a beaucoup de charisme et excelle à la fois dans les rôles graves, sérieux et légers.

Et si un auteur devait raconter votre vie ?
Katherine Pancol aurait sans doute la bonne manière, un peu décalée, de traiter des différentes périodes de ma vie et de décrire ma personnalité d’une façon originale.

Sortez-vous régulièrement au théâtre, au cinéma ?
Pas assez, même si je me suis promis de le faire au moins une fois par mois. Le cinéma, j’y vais avec mon fils, notamment au moment de Noël, comme cette année avec le dernier volet d’Avatar. C’est un peu notre rendez-vous à tous les deux, un bon moment de partage.

Si vous pouviez organiser votre festival de rêve, quelle en serait l’affiche ?
Indochine, avec leur concert de la tournée Central Tour. Au-delà d’adorer Indochine et leurs chansons, le concept de cette tour centrale, inclusive, était vraiment incroyable. Et j’ajouterais peut-être Coldplay, que j’aime beaucoup aussi.

Est-ce qu’il y a un groupe, un chanteur que vous regrettez de n’avoir jamais vu sur scène ?
Johnny Hallyday, c’était une vraie bête de scène, très généreux et avec des chansons que j’adore. C’est un regret, oui, de ne pas l’avoir vu en vrai.

Quelle chanson pourriez-vous chanter en allant travailler ?
France Gall, il jouait du piano debout. Je la fredonne dès que je l’entends. Je suis issue d’une famille du Nord et quand j’étais plus jeune, tout le monde chantait à la fin des dîners de famille. Ils étaient neuf du côté de ma maman, six du côté de mon père : ça fait beaucoup de monde et beaucoup de dîners. Chacun sortait ses carnets de chansons et chantait à son tour. Et moi, je choisissais toujours cette chanson. Je chante comme une casserole, mais je prends toujours beaucoup de plaisir à la chanter malgré tout !

Est-ce qu’il y a un conseil qu’on vous a donné quand vous avez commencé à travailler et qui vous sert toujours aujourd’hui ?
Quand j’ai débuté dans le commerce il y a 32 ans, j’étais une femme dans un milieu très masculin. Mon premier DRH m’a dit : "Si tu veux être choisie, si tu veux être promue, il faudra que tu sois la meilleure. Pas juste pareil qu’un homme, mais la meilleure". C’est terrible de dire cela, c’était la réalité, entre un homme et moi, à compétences égale, c’est l’homme qui aurait eu le poste. Cela m’a donc poussée à être la meilleure dans tout ce que j’ai fait, à toujours prouver plus. Et puis il y a une deuxième phrase qui a été assez marquante. J’étais directrice d’hypermarché et le directeur général de l’époque voulait que je prenne les fonctions de directrice marketing. Comme je lui disais que je ne savais pas si je saurais faire, il m’a dit "Si tu ne te fais pas confiance, fais-moi confiance"… et j’ai signé tout de suite, sans même prendre la soirée pour réfléchir. J’ai plongé dans l’inconnu rien que sur cette phrase. Et c’est là que j’ai compris le pouvoir d’un manager : sa première responsabilité, c’est de faire confiance, de détecter le potentiel là où les gens doutent encore et de créer toutes les conditions de développement des équipes.

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