TAP : le Portugal fait monter les enchères entre Air France-KLM et Lufthansa
Lisbonne juge les offres d’Air France-KLM et de Lufthansa trop proches pour trancher et rouvre trois semaines d’enchères sur 44,9 % de TAP. Le vrai trophée : quinze villes brésiliennes.
- Ce qu’il faut retenir. Le 4 septembre dernier, à l’issue du Conseil des ministres, António Leitão Amaro a livré le verdict que personne n’attendait : aucun. Les deux offres fermes déposées le 29 juillet par Air France-KLM et Deutsche Lufthansa sur 44,9 % de TAP sont "différentes dans leur contenu", mais d’une "évaluation globale à ce point proche" que le ministre a préféré rouvrir le jeu. Trois semaines de négociation supplémentaires avec les deux candidats, propositions finales améliorées, puis désignation d’un concurrent unique pour l’ultime tour de piste.
- Un processus rigoureux. L’étape s’inscrit dans un calendrier jusqu’ici tenu. Parpública, la holding d’État qui pilote la vente, a remis son rapport d’appréciation au gouvernement le 1er septembre, dans le délai de trente jours prévu. Le schéma reste inchangé : 44,9 % au partenaire stratégique, 5 % aux salariés avec préemption du solde par l’acquéreur, l’État conservant la majorité. Le but est de trancher avant fin octobre, la vente des titres, n’intervenant qu’à l’été 2027.
- Enchère ou suspense ? Officiellement, Lisbonne veut "préciser" des projets industriels jugés équivalents. Officieusement, la mécanique est celle d’une vente aux enchères : quand deux offres se touchent, le vendeur ne choisit pas, il fait monter. Bernstein valorise les 44,9 % autour de 700 millions d’euros, sur une valeur d’entreprise de 1,5 milliard, et chiffre les synergies à quelque 7 % du chiffre d’affaires de TAP. Il y a de la marge pour surenchérir - et l’État portugais qui a injecté plus de 3 milliards dans la compagnie a toutes les raisons d’essayer.
- Une lecture plus politique. Air France-KLM faisait figure de favori : trois ans de travail de terrain, le soutien affiché de Delta, le réseau domestique brésilien de GOL, l’engagement de faire de Lisbonne son unique hub sud européen, et le plaidoyer d’Emmanuel Macron, en mars 2025, pour une "union innovante" entre Air France et TAP. Trop français, peut-être, pour un gouvernement qui doit vendre l’opération à son opinion. Le tour supplémentaire recrée du suspense, protège l’exécutif du procès en favoritisme et laisse Lufthansa refaire son retard.
- Le Brésil, seul vrai actif. TAP a perdu 99 millions au premier semestre, pour 2,04 milliards de recettes, plombée par une facture kérosène en hausse de 19 %. Ce qui s’achète, c’est une position : quinze villes brésiliennes desservies depuis Lisbonne, davantage qu’aucun transporteur européen. Reste à savoir si Ben Smith, directeur général d’Air France-KLM peut laisser Francfort prendre l’Atlantique Sud.