23 millions de bébés par an : le jackpot indien de Danone
Antoine de Saint-Affrique veut faire de l’Inde un moteur de croissance durable de Danone, sans brûler les étapes : Aptamil, Yakult, et un héritage Wockhardt que Tata a convoité sans conclure.
- Ce qu’il faut retenir. Intervenant le 8 septembre dernier devant les analystes de la conférence Barclays sur la grande consommation, Antoine de Saint-Affrique a livré sa doctrine indienne : bâtir un Danone "pertinent à l’échelle de l’Inde", mais "structurellement rentable". Le patron du groupe dit avoir vu trop de concurrents "se brûler les ailes" à vouloir aller vite sur un marché "très exigeant, avec de très bons compétiteurs". Cela, c’est pour la méthode. Qu’en est-il pour les actes ?
Danone investit "de manière très intentionnelle" pour installer Aptamil, sa marque mondiale de nutrition infantile, sur un segment que son directeur financier Juergen Esser juge "à un stade très précoce" et où le groupe se dit déjà coleader. Sa coentreprise avec le japonais Yakult multiplie les initiatives et les innovations. Le canal roi est l’e-commerce, où près des deux tiers des foyers urbains achètent désormais leurs produits pour bébés, contre un quart il y a quatre ans. - Pourquoi c’est important. Le pays le plus peuplé du monde aligne 23 millions de naissances par an ; soit trois fois plus que la Chine. Son marché des nutraceutiques pèse près de 6 milliards de dollars et croît de 15 % l’an. Le marché urbain des produits pour bébés frôle les 700 millions d’euros et la dépense par foyer y grimpe de 12 % chaque année. De surcroît près des deux tiers des parents choisissent des marques premium jusqu’aux deux ans de l’enfant, quel qu’en soit le prix. Pour un groupe recentré sur la nutrition spécialisée, c’est le terrain de jeu idéal.
Toute la profession l’a compris. À la même tribune, Unilever a qualifié l’Inde de seul grand marché de consommation promis à une "croissance exponentielle" sur cinq ans, et y dirige, avec les États-Unis, un budget d’acquisitions de 1,5 à 2 milliards d’euros par an. Mondelez n’équipe que 3 millions de points de vente sur 9 à 10 millions. Coca-Cola y détient sept des dix premières marques. Nestlé, enfin, est le rival à battre dans le lait infantile. Danone, lui, part de petit. - Entre les lignes. Danone a déjà payé ses erreurs indiennes. Divorce avec Britannia dans les biscuits en 2009, retraite du lait en 2018 face aux coopératives Amul et Mother Dairy. Restait l’héritage racheté à Wockhardt en 2012 pour près de 230 millions d’euros : Protinex, Farex, Dexolac, l’essentiel de son chiffre d’affaires local. Danone est prêt à céder des marques héritées, pour concentrer ses moyens sur Aptamil et les probiotiques Yakult, ses deux armes mondiales. En Inde, il a choisi l’effet boule de neige plutôt que le coup d’éclat.