Xavier Unkovic :
"Je suis persuadé qu’on peut faire de l’argent et faire des choses bien. On n’est pas obligé de choisir entre les deux ou de faire l’un au détriment de l’autre."
Xavier Unkovic est le directeur général du groupe familial Bonduelle (avec les marques Bonduelle, Cassegrain et Globus) depuis juin 2023, après avoir fait une grande partie de sa carrière au Canada et aux États-Unis, où il a notamment dirigé Royal Canin. Il est l’invité de notre coffee talk.
Comment vous réveillez-vous : avec le bip-bip d’un réveil, de la musique, la radio ou la sonnerie du téléphone ?
Si possible de la musique et notamment une chanson de Michel Fugain qui me donne le sourire : Chante, la vie chante… Ce monde est quand même un peu triste, alors si on se réveille avec le sourire, au moins on commence bien la journée.
Comment vous informez-vous au quotidien ?
Je zappe beaucoup. Je commence par écouter France Info, puis je lis Les Échos. LinkedIn est aussi une formidable source d’information. J’ai aussi une revue de presse interne qui me nourrit bien des dernières actualités de notre secteur et de l’entreprise. C’est important : j’aime bien être informé, mais pas tellement surpris ! Quand on parle de leadership, il y a une compétence qui n’est pas toujours bien valorisée mais qui est essentielle à mes yeux : c’est la perspective. Je suis persuadé qu’un leader, doit être ouvert et ne pas avoir d’œillère, notamment en matière d’informations. C’est essentiel quand on est amené à prendre des décisions d’avoir le maximum d’informations disponibles pour éclairer ses choix.
Est-ce qu’il y a une information qui, en ce moment, pourrait vous mettre de bonne humeur ?
Déjà que les informations soient beaucoup plus positives, ou au moins qu’on commence par les bonnes nouvelles. Il ne s’agit pas d’occulter ce qui va mal, mais j’aimerais bien entendre plus d’histoire de gens qui réussissent ou d’histoires positives. Et dans mon secteur en particulier, j’aimerais entendre que les agriculteurs vont bien et qu’on a enfin trouvé le moyen de valoriser leur travail à sa juste valeur. Ce sont eux qui nous nourrissent et cela mérite une meilleure reconnaissance.
Est-ce qu’il y a à l’inverse une info qui pourrait vous plomber le moral ?
C’est le fait justement que toute cette filière agricole ne profite pas assez d’une juste répartition des valeurs. Certains acteurs de la filière captent trop de valeur au détriment de ceux qui produisent et je trouve cela injuste. Je travaille pour une entreprise familiale, dont l’objectif, par nature, est de durer dans le temps. Or, à partir du moment où la chaîne de valeur n’est pas juste, on la met en danger. Protéger nos agriculteurs français, c’est donc essentiel, sinon on met en péril des emplois, on met en péril notre souveraineté alimentaire. J’aimerais qu’il y ait une prise de conscience sur la façon dont la valeur est partagée pour que, tous ensemble, la grande distribution, l’industriel et l’agriculteur, on fasse en sorte que chacun y trouve correctement son compte et façon pérenne.
Qu’est-ce qu’il faudrait changer concrètement pour cela ?
Il faudrait par exemple être transparent pour dire, sur le prix d’une boîte de petits pois, combien revient à chacun des acteurs de la filière. Parce qu’à partir du moment où on est transparent, le consommateur peut faire son choix.
Est-ce que vous regardez votre téléphone dès que vous vous levez le matin ?
Les trois quarts du temps, j’aime bien d’abord prendre mon café et une bonne douche avant de regarder mon téléphone. J’essaye aussi de faire un peu de gym pour être en forme… et accueillir tout ce qui peut m’attendre dans mon téléphone ! Et en vacances j’essaye de déconnecter au maximum.
Et le regardez-vous avant de vous coucher ?
Non, pas du tout, je lis.
Si vous avez 15 minutes à perdre dans la journée, à devoir attendre, qu’est-ce que vous regardez sur votre téléphone ?
Je suis un grand fan de sport, donc je regarde L’Équipe. C’est le journal que je lisais quand j’étais étudiant et je continue.
Est-ce que vous consultez les réseaux sociaux ?
À part LinkedIn, qui est un peu à part, j’ai arrêté parce que c’est trop consommateur de temps. Et quand on réfléchit cinq minutes après les avoir consultés, on ne se souvient de rien.
Vous ne postez pas ?
Seulement sur LinkedIn, souvent mes visites aux différents sites de l’entreprise, quand je suis sur le terrain. Paradoxalement, ça va beaucoup plus vite que les communications internes ! Mes posts sont très souvent autour de photos avec des personnes et nos produits, ou nos partenaires et distributeurs. Je poste généralement moi-même, sauf les vidéos, là j’avoue, c’est en dehors de mes compétences !
Vous souvenez-vous du dernier contenu que vous avez liké ?
Oui, c’était un post d’un patron de la grande distribution pour soutenir les agriculteurs dans cette période de sécheresse. J’ai vu qu’il avait été liké par d’autres dirigeants, qui le remerciaient en disant que cela faisait du bien de voir des distributeurs et des industriels qui, dans ces périodes difficiles, soutenaient leurs agriculteurs. C’est important pour moi aussi, parce que je pense encore une fois à la juste répartition de la valeur. Je suis persuadé qu’on peut faire de l’argent et faire des choses bien. On n’est pas obligé de choisir entre les deux ou de faire l’un au détriment de l’autre. C’est d’ailleurs un peu ce qui nous définit chez Bonduelle : on vend des légumes et on essaye de faire du bien aux hommes et à la planète. C’est plutôt pas mal, non ?
Quel est le meilleur canal ou la meilleure appli pour vous joindre, que ce soit d’un point de vue perso ou pro ?
WhatsApp, en général, je suis assez réactif.
Avez-vous un émoji favori pour répondre aux messages ?
Pas vraiment. En revanche, j’ai un mot que j’utilise quand je termine mes phrases : "Cheers" ! Je l’ai adopté quand je vivais au Canada, ça veut dire santé, portez-vous bien, plein de choses. C’est rapide et c’est signifiant pour moi.
Est-ce que vous considérez que les mails sont une nécessité, un outil ou un stress ?
Une nécessité oui. Un stress quand ils font 200 lignes ou 2 pages… mais dans ces cas-là je ne les lis pas. Dès que ça dépasse 15 lignes, je zappe… ou je laisse l’IA me faire un résumé. Parce que je considère qu’un mail n’est pas une lettre : s’il y a un courrier à faire, on le met en pièce jointe et dans le mail on résume ou on met les conclusions.
À part pour résumer les mails, quel est votre usage de l’IA au quotidien ?
C’est un super assistant. J’ai vécu 23 ans en Amérique du Nord, l’IA m’aide à ne pas faire de fautes en français. Et ça fait gagner du temps sur toutes les présentations que l’on peut faire par exemple.
À quels moments réussissez-vous à déconnecter ?
Quand vous êtes manager, si vous ne déconnectez pas physiquement, mentalement, je pense qu’en termes de performance, vous n’êtes pas au rendez-vous. Il faut apprendre à déconnecter régulièrement et à bien prendre soin de son corps et de son esprit. Parce qu’il faut être en pleine possession de ses moyens, en capacité à contrôler ses émotions, pour pouvoir prendre les bonnes décisions et savoir réagir face aux mauvaises nouvelles potentielles. Les problèmes au travail, ça doit se résoudre. C’est même le rôle d’un manager. Et donc si on veut pouvoir les résoudre sans drame, il faut être maître de ses émotions. D’où l’importance de la déconnexion, le fait de prendre du temps pour soi. Je suis un grand fan de sport, je savais que la rentrée allait être difficile, je m’y suis donc préparé cet été presque comme un athlète, pour pouvoir donner le meilleur de moi-même et être capable d’embarquer les autres.
À quel moment ouvrez-vous un livre ?
Le soir, le week-end et pendant les vacances.
Avez-vous des auteurs favoris ?
Il y a en a deux dont j’achète systématiquement les livres, c’est Fred Vargas et Joël Dicker. Il y a aussi un livre que je relis régulièrement, c’est La Grève, d’Ayn Rand. C’est vraiment un livre culte aux États-Unis, qui a été écrit à la fin des années 1950 et qui est totalement d’actualité. C’est un roman philosophique et politique assez dense et qui fait, je trouve, se poser beaucoup de questions. Je lis souvent cinq pages par cinq pages, car à chaque fois je m’arrête pour réfléchir à ce que j’ai lu.
Est-ce qu’il y a un livre que vous aimez offrir, que vous avez souvent offert ?
Oui, notamment autour des arts martiaux, parce que je pratique le karaté, un livre qui s’appelle Zen in the Martial Arts et qui explique comment les arts martiaux peuvent vous apporter une certaine zénitude, ou une forme de recul, sans être dans le détachement. Quand j’étais aux États-Unis, j’offrais cinq à six livres à chaque nouveau manager qui rejoignait mon équipe. Notamment des livres de Simon Sinek, sur le leadership, comme "Start with why" ou "Leaders eat last". Le premier parce qu’en entreprise, se demander pourquoi on fait les choses, c’est essentiel, la raison d’être est au centre de tout. Et le second, parce que, selon moi, un leader ce n’est pas celui qui va manger en premier, c’est celui qui va s’assurer que tout le monde a bien à manger avant de se servir. Simon Sinek, à la base, c’est un psychologue qui a beaucoup travaillé avec l’armée et sur les comportements humains autour du leadership. Pour moi, le leadership, c’est un boulot à part entière. Il faut prendre le temps de comprendre les personnes et ce qui les anime. Et lui décode ça très bien.
Est-ce qu’il y a un livre qu’on vous a offert et qui vous a marqué ?
J’adore qu’on m’offre des livres ou qu’on m’en recommande, parce que, selon moi, il n’y a rien de plus beau : vous rentrez dans l’âme de la personne quand on vous offre un livre. Quelqu’un a été touché par quelque chose et vous offre à son tour ce qui l’a ému. C’est un très beau cadeau, qui vient bien au-delà de l’objet.
Avez-vous un film culte ?
Star Wars, c’est un truc de dingue. J’aime les choses iconiques, qui traversent les époques et le temps. C’est pour cela que j’aime aussi le design, ou les voitures comme les Mini Cooper ou la Porsche 911. Et c’est sans doute aussi pour cela que je suis très bien dans des entreprises familiales, qui traversent les générations.
Avez-vous une réplique culte ?
Celle de Jean-Paul Belmondo dans Le Guignolo : "Vous savez quelle différence il y a entre un con et un voleur ? Un voleur, de temps en temps, ça se repose." Elle est fabuleuse !
Sortez-vous régulièrement au théâtre, au cinéma, à l’Opéra ?
Oui, ça m’arrive. Mais j’essaye aussi d’être un peu plus social et d’aller voir des gens plutôt que de m’enfermer dans une salle. Récemment je suis allé à l’anniversaire d’un copain, on était une soixantaine, dont Nelson Monfort et Philippe Candeloro qui nous on fait une petite pièce de théâtre tous les deux, c’était très drôle.
Quelle serait pour vous l’affiche du concert idéal ?
Céline Dion et Coldplay.
Est-ce qu’il y a un conseil qu’on vous a donné quand vous avez démarré qui vous sert toujours aujourd’hui ?
Plus qu’un conseil, c’est quand je suis arrivé dans mon premier job, chez Deloitte. J’avais été surpris d’être sélectionné, alors pendant le 4e et dernier entretien j’ai demandé à l’associé qui me recevait quels étaient les vrais critères de sélection. Parce qu’on avait tous un peu le même profil, sortant des mêmes cursus. Et l’associé m’a répondu assez directement : "C’est vrai, vous êtes tous les mêmes, à peu de chose près, vous arrivez des mêmes écoles et vous n’y connaissez rien à ce que vous allez faire. Vous avez la tête bien faite, mais elle n’est pas encore bien pleine. Donc, puisque vous n’y connaissez rien mais que vous avez tous la tête bien faite, ce qui va faire la différence, c’est vous. Et c’est le fait que je me dise que, oui, je me vois bien bosser avec vous, surtout dans un univers où il y aura beaucoup de stress et des délais très courts." Et c’est ce que j’ai retenu : on travaille bien mieux avec des gens qu’on apprécie. J’ai depuis toujours appliqué ça, en m’entourant de personnes avec qui je partage les mêmes valeurs et avec lesquelles j’ai plaisir à travailler. Car à partir du moment où les gens sont intelligents, sont formés et ont les compétences, ce qui compte c’est d’être bien ensemble.