Gauche ébranlée… >
« Il fallait faire quelque chose. Mais cette manœuvre risquée a tourné au fiasco. » Le constat d'un poids lourd socialiste est partagé par une grande partie du PS, qui commence à (sérieusement) désespérer de la candidature portée par Anne Hidalgo. En cause : la dernière tentative de la candidate de proposer une primaire de gauche sur le plateau de TF1 (sans prévenir le parti de son intervention, selon une information du Monde confirmée par votre Lettre) après la proposition d'Arnaud Montebourg « d'offrir sa candidature » à un rassemblement de la gauche, et au moment où aucun candidat de gauche ne dépasse les 10 % (excepté, selon certains sondages, Jean-Luc Mélenchon).
« Quand on a su qu'elle allait au 20 heures de TF1 en urgence, certains ont cru qu'elle allait renoncer », lâche un député socialiste. Plusieurs indices allaient en ce sens : un article sur le possible retour des ambitions présidentielles de l'ancienne ministre Christiane Taubira, d'abord, figure aimée par la gauche et les militants socialistes ; enfin, comme dit précédemment, les sondages de plus en plus mauvais et la campagne laborieuse depuis plusieurs semaines. Plusieurs scénarios circulaient parmi les élus et militants : un renoncement, une primaire ou une alliance derrière la candidature de Yannick Jadot.
C'est donc la seconde option retenue, à la surprise (quasi) générale. « Tout ça alors qu'il y a quelques mois elle refusait la primaire… et en plus on a dit non à Bernard Cazeneuve », soupire un proche de l'ancien Premier ministre, qui songeait à l'idée de se lancer, soutenu notamment par son ami François Hollande.
Les résultats ne se sont pas fait attendre : Yannick Jadot (Europe Écologie Les Verts), Fabien Roussel (Parti communiste français) et Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise) ont tous décliné la proposition de primaire le soir-même ou le lendemain matin, soit directement ou par l'intermédiaire de leurs porte-parole. « C'est un joli retour à la case départ, des troubles au parti en plus », analyse un familier des cercles de gauche et ancien parlementaire du parti à la rose. La manœuvre de la candidate, extrêmement risquée, n'a donc pas fait avancer l'état de la gauche. D'autant plus que certains stratèges socialistes plaident désormais pour « limiter la casse » à l'élection présidentielle afin de garder de l'argent pour tout miser sur les prochaines élections législatives (les frais de campagne n'étant pas remboursés au-dessous des 5 %).
Que va faire Anne Hidalgo désormais ? Impensable de voir la candidate se retirer après sa proposition. Reste à savoir l'attitude que vont adopter ses principaux concurrents, au moment où les forces de gauche, dans les différents sondages, subissent un affaiblissement général.