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Story de la semaine / Audiovisuel / 26/09/2022

ourquoi le trio Courbit-Saadé-Lacharrière est le mieux placé pour acquérir le groupe M6

Comme La Lettre de L'Expansion l'avait laissé présager dès le 29 août dernier, l'Autorité de la concurrence n'avait pas d'autre possibilité que de faire barrage au projet de rapprochement entre TF1 et M6. D'abord, pour des raisons objectives d'entrave au libre jeu de la concurrence. Ensuite, parce que les remèdes proposés par les deux groupes étaient très loin de pouvoir remédier à cette situation. Et enfin, parce que l'Autorité de la concurrence jouait sur ce dossier sa crédibilité.

Il faut d'ailleurs saluer le courage de Benoît Cœuré, patron de cette autorité administrative indépendante, qui a encore dû s'expliquer il y a une dizaine de jours avec l'Élysée, avant de signifier aux parties prenantes sa décision. Si le groupe Bouygues (lire page 7) va devoir remobiliser un TF1 en peine – par ailleurs privé de la diffusion par Canalsatellite pour cause de désaccord avec le groupe Canal+ sur les redevances à acquitter –, de son côté, Bertelsmann doit trouver une autre issue pour se désengager de M6. Voici les différentes contraintes de ce dossier.

1. Un calendrier très serré

La date qui détermine tout est fixée au 6 mai 2023. C'est ce jour-là que l'Arcom doit renouveler le droit donné à M6 d'utiliser les fréquences qui lui ont été attribuées. Si l'opération ne se fait pas avant cette date, il faudra attendre 2028 pour qu'elle ait lieu. Et cela à cause de… Nicolas de Tavernost lui-même, patron de M6, qui se retrouve dans la situation de l'arroseur arrosé. Il avait en effet poussé des cris d'orfraie lorsque Pascal Houzelot avait revendu à RMC, pour 90 millions d'euros, le canal 23. Scandalisé par ce gain facile réalisé sur le droit d'utiliser une fréquence, le « très protestant » patron de M6 avait obtenu qu'un amendement soit voté interdisant à l'utilisateur d'une fréquence d'être revendu au cours des cinq années qui suivent l'attribution ou le renouvellement de cette fréquence. Voilà pourquoi l'Autorité de la concurrence a communiqué dès le 16 septembre au lieu du 17 octobre. Ce qui fait un mois de gagné. Et voilà pourquoi Bertelsmann a déjà mandaté JP Morgan afin d'organiser dès vendredi dernier un « test de marché » en recueillant des offres non contraignantes. Avec a priori deux absents pour ce « premier tour de piste »: Patrick Drahi, le très endetté patron d'Altice, et Alain Weill, le créateur de BFM TV.

La date qui détermine tout est fixée au 6 mai 2023. Si l'opération ne se fait pas avant, il faudra attendre 2028.

2. Les contraintes de concurrence

De manière que la vente de M6 puisse avoir lieu très rapidement, la principale des conditions est d'éviter que les acheteurs potentiels aient des problèmes de concurrence. Car l'examen de cette opération par l'Autorité de la concurrence française – ou pire européenne – ferait courir des délais risquant de dépasser la date fatale du 6 mai 2023. Il faut également éviter que l'acheteur soit à capitaux étrangers, car la loi prévoit que le Trésor a son mot à dire pour tout rachat d'un média français par un groupe étranger ou même seulement la prise de participation à plus de 20 %. En revanche, M6 étant une entreprise cotée, tous ses éléments financiers sont sur la table. Et il n'y a donc pas de délai lié à une quelconque « due diligence » ou à une « data room » sauf pour l'examen de contrats particuliers.

3. L'offre de Stéphane Courbit, allié à Rodolphe Saadé et Fimalac

Selon nos informations, parmi les trois offres reçues vendredi soir par JP Morgan, la plus structurée, mais aussi la plus intéressante sur le plan financier émane d'un trio mené par Stéphane Courbit (à 50 %), accompagné par Rodolphe Saadé, actionnaire et dirigeant du groupe CMA-CGM (à 25 %) et par Marc Ladreit de Lacharrière, à travers sa holding Fimalac (à 25 % également). Stéphane Courbit et Marc de Lacharrière se connaissent bien. Puisque ce dernier est actionnaire de son groupe Lov depuis quelques années. Par ailleurs, il détient 7,3 % de la société FL Entertainment cotée à Amsterdam depuis juillet dernier et dont Stéphane Courbit détient 46 % du capital. Cette société possède Banijay, la plus grande société de production de contenu indépendante au monde. Quant à Rodolphe Saadé, s'il affirme, dans cette offre pour M6, occuper le « siège du passager », il apporte une solide caution financière. Sa holding, la société Merit France, qu'il possède avec sa sœur Tania Saadé et sa mère Naila Saadé, a dégagé l'an passé un bénéfice de 510 millions d'euros et a distribué 403 millions d'euros de dividendes. De quoi donner de la solidité à une offre supérieure à 1,1 milliard d'euros pour les 48,3 % de M6 détenus par Bertelsmann.

4. L'offre commune de Niel et du groupe Berlusconi

Xavier Niel, qui est le principal responsable de l'échec du projet de fusion TF1-M6 qu'il a sérieusement « démoli » auprès de l'Autorité de la concurrence s'est allié à MediaForEurope (l'ex-Mediaset) la société phare du groupe Berlusconi en Europe. Il aurait préféré faire tandem avec Rodolphe Saadé. Mais « faute de grives… », il s'est rapproché d'une famille qui s'apprête à revenir au pouvoir en Italie, alliée à un parti post-fasciste, bref tout ce qui lui est opposé. Ce sont les Berlusconi qui sont venus le chercher – pour des raisons financières – et ce sont eux qui ont très vite fait fuiter l'offre de ce tandem improbable. Mais cette offre a peu de chance d'aboutir dans la mesure où elle conduirait à une saisine de la Commission de la concurrence européenne avec, à la clé, des délais imprévisibles.

5. L'offre de Daniel Kretínský

Le milliardaire tchèque a déposé une proposition de rachat en solitaire, via la société International Media Invest et non à travers son groupe de presse CMI France. Selon son entourage, son offre est faite sur des critères « strictement financiers », mais elle s'approche de 1,1 milliard d'euros. Des trois offres, c'est la seule qui pourrait être réalisée très rapidement, dans la mesure où elle n'imposerait pas une saisine de l'Autorité de la concurrence. Le seul problème tient au caractère « étranger » de son initiateur et à son activité d'exploitant de centrales à charbon.

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