Cet article a été archivé
Partager
Offrir cet article
En tant qu'abonné, vous pourrez encore offrir
0 articles ce mois-ci.
Story de la semaine / Extra-financier / 23/10/2023

Pourquoi les entreprises françaises de certification voient s'ouvrir à elles un boulevard  

À deux mois de l'entrée en vigueur de la directive européenne Corpo-rate Sustainability Reporting Directive (CSRD), l'audit extra-financier s'apprête à connaître un essor sans précédent. Il pourrait représenter en France un marché de 600 millions d'euros à l'horizon 2029, deux à quatre fois plus qu'en 2023, selon les estimations de l'institut Xerfi.

Un développement prometteur pour les acteurs du secteur, que sont notamment les entreprises françaises de certification. Parmi elles figurent Bureau Veritas, dont Wendel possède pour l'instant 35,6 % du capital, ou encore son concurrent Apave, détenu par l'association La Gapave, mais aussi par PAI Partners.

Question de légitimité

À partir du 1er janvier 2024, cette directive obligera les entreprises, en fonction de leur taille (voir encadré ci-contre), à établir de nouvelles pratiques en matière de reporting extra-financier. Elles seront cadrées par les standards ESRS, sorte de normes IFRS extra-financières, et pourront ainsi être auditées afin d'éviter le greenwashing. Un domaine dans lequel Bureau Veritas et Apave peuvent se targuer d'une légitimité incontestable. Dans l'inspection et la certification tout d'abord, leur cœur de métier et où ces entreprises témoignent d'une riche expérience avec plus d'un siècle de pratique. Mais aussi en matière de Responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Pour preuve « La ligne verte » de Bureau Veritas, une proposition de services et de so-lutions dédiée à la durabilité, a été lancée en 2020 par l'entreprise, dont l'ex-Schlumberger Hinda Gharbi assure la direction générale.

Ces entreprises témoignent d'une riche expérience en matière d'inspection et de certification.

Pour asseoir cette expertise, les entreprises de certification s'attachent à travailler avec des ingénieurs. S'ils se doivent d'être des spécialistes des entreprises auxquelles ils proposent leurs services, près de cent heures de formation pour leur apprendre les normes et la CSRD leur sont aussi obligatoires chez Bureau Veritas. La philosophie reste la même chez ses pairs : l'ingénierie et la formation. De quoi, outre une réputation installée en matière de connaissance de la réglementation, insuffler une légitimité sur les composantes techniques des données que les sociétés devront publier à l'aune de la directive.

Une mécanique complète

Car la CSRD va mobiliser la triple casquette des certificateurs. D'abord, l'explication et l'accompagnement sur les textes européens puisque la réglementation, émergente et complexe, oblige les entreprises à en comprendre la finalité. Ensuite, ils vont devoir aider leurs clients à réaliser ces nouveaux reportings extra-financiers. Enfin, leur statut de tiers de confiance leur ayant permis d'être accrédités Cofrac – donc autorisés à assurer la véracité des rapports de durabilité dans le cadre de la CSRD –, il s'agira de certifier les publications des entreprises.

Les missions sont définies, les équipes sont différentes. Il reste que cet accompagnement sur l'ensemble du spectre CSRD offre à ces sociétés une place de choix. D'autant qu'une grande partie de leurs clients sont des PME, qui ne disposent pas d'équipes dédiées à la RSE en interne – à l'inverse des grands groupes. Sur les 400 000 clients de Bureau Veritas, plus d'un quart sont des TPE et PME. Chez Apave, dirigé par l'ancien numéro deux français de Suez, Philippe Maillard, elles représentent la moitié de la clientèle. À noter, toutefois, que seules les PME et les grandes entreprises seront concernées par la directive.

Se différencier des cabinets d'audit financier

Ces atouts suffiront-ils à les placer en pole position sur le marché de l'audit extra-financier ? Car d'autres acteurs interviennent aussi sur le secteur : les grands cabinets, dont les moyens et la notoriété peuvent leur permettre de s'installer largement sur ce marché. Et notamment auprès des grandes structures, des ETI et des PME importantes dont ils sont déjà les commissaires aux comptes. À cela, plusieurs réponses. Tout d'abord, observe l'un des dirigeants du secteur, il pourrait être pertinent que les audits financiers et extra-financiers soient différenciés. Il y a la question des tarifs, aussi, d'autant qu'ils sont, en général, moins élevés chez ces sociétés du fait de leur expérience notoire en audit de certification. La concurrence jouera néanmoins sur ce volet et tirera bien sûrement les prix à la baisse. Il ne sera pas forcément nécessaire d'entrer dans une logique de dualité. Les entreprises bénéficieront d'un vaste choix d'acteurs afin de procéder aux audits de reporting CSRD, avec des approches qui pourront être différentes, notamment au regard de la nature spécifique des auditeurs des entreprises de certification.

Il est d'ailleurs apprécié par ces dernières qu'une certaine forme de collaboration avec les cabinets d'audit permette de favoriser l'émergence d'une complémentarité utile et parfois nécessaire à la réalisation des ambitions de la directive. Soit d'accroître la transparence des comportements extra-financiers des entreprises européennes. À ce sujet, en septembre, la Fédération des cabinets intermédiaires a annoncé avoir noué un partenariat avec Filiance, la fédération représentant les leaders de la certification. Le but : coordonner les approches qu'elles soient sectorielles (l'industrie pour Apave et la marine pour Bureau Veritas) ou transversales (financières, environnementales, etc.), ce « mariage » ambitionne de renforcer la qualité des informations en matière de du-rabilité dont la CSRD sera le nouvel outil de pilotage.

Précédentes Stories de la semaine