L'honneur d'un capitaine
J ean-Bernard Lévy est un grand serviteur de l'État. Il l'a montré lorsqu'il a dirigé le cabinet de Gérard Longuet à plusieurs reprises et à des moments stratégiques pour l'industrie française des télécoms. Il l'a montré en pacifiant Thales en 2012, un groupe alors marqué par la défiance des syndicats. Il l'a montré en acceptant la présidence d'EDF en 2014 en dépit de la volonté de François Hollande de fermer plusieurs réacteurs nucléaires.
Alors qu'Élisabeth Borne a annoncé la prochaine renationalisation d'EDF, Jean-Bernard Lévy a fait savoir qu'il était plus sage que cette nouvelle page de l'histoire du groupe s'écrive avec un autre président. Il l'a fait sans amertume, alors que l'État lui a tordu le bras en l'obligeant à revendre à perte de l'électricité depuis le mois de février dernier. Il l'a fait après avoir évité le projet de démantèlement de ce fleuron français.
Il s'efface aussi discrètement qu'il a tenu la barre. Mais on le devine très inquiet devant l'impréparation du pays à un manque d'électricité l'hiver prochain. Pire, à un moment où il faudrait décréter la mobilisation nationale pour les économies d'énergie, il s'étonne des discours lénifiants des pouvoirs publics. Saluons donc l'honneur de ce capi-taine d'industrie auquel la France doit tant.