Les raisons de dix années d'impact sur l'économie française >
D epuis son lancement en 2013, à la suite du rapprochement entre Oséo, CDC Entreprises et le Fonds stratégique d'investissement (FSI) et avec son emblématique capitaine Nicolas Dufourcq à la barre, Bpifrance a navigué dans un monde instable. Et pourtant, dix années après sa naissance, l'impact de la banque publique d'investissement sur l'économie tricolore peut se mesurer.
Elle est devenue le premier investisseur français direct auprès des PME et ETI, avec 1,7 milliard d'euros investis dans 760 entreprises (hors start-up). Elle a diffusé 50 milliards d'euros dans l'industrie. Elle a injecté plus de 23 milliards d'euros dans la transition écologique. Et elle a fait émerger la French Tech grâce à des financements à l'innovation multipliés par sept en dix ans. Sur la période, au total, 40 % des PME et 60 % des ETI françaises ont bénéficié du soutien de Bpifrance. Une efficacité observable, par ailleurs, au travers d'une augmentation moyenne, sur les trois exercices suivant le soutien, de six points de taux de croissance du chiffre d'affaires… Un bilan donc positif. Encore fallait-il, pour le réaliser, s'assurer d'obtenir la confiance des entrepreneurs et de la cohérence des solutions proposées.
Des intuitions et une stratégie agileCette capacité à accompagner les entreprises contre vents et marées tient à une stratégie agile qui évolue au gré des mutations économiques et sociales. « À l'époque de la création de Bpifrance c'était, par exemple, la digitalisation de l'économie, avec l'apparition d'Uber. Et le futur nous a donné raison : non seulement il y a eu des bouleversements technologiques massifs, mais économiques également. En dix ans, cela n'a pas arrêté », nous fait remarquer Pascal Lagarde, directeur exécutif de Bpifrance, en charge de sa stratégie.
Cette capacité à accompagner les entreprises tient à une stratégie agile qui évolue au gré des mutations économiques et sociales.
Cette dernière, mise à jour annuellement, repose sur deux fondamentaux : l'idée que des objectifs figés à cinq ans ne s'appliquent pas à une banque de développement nationale et que les remontées de terrain permettent de s'adapter. Ainsi, le processus débute tous les ans, en avril, avec un premier travail de cadrage macroéconomique. À l'aide de travaux sectoriels, de retours des directions régio-nales (95% des décisions de la banque sont prises à cette échelle), des résultats des enquêtes de satisfaction clients et de conjoncture menées auprès des PME et des ETI, le plan stratégique évolue. Il est par la suite décliné en plan financier à moyen terme, approuvé avec la stratégie par les actionnaires de Bpifrance que sont l'État et la Caisse des Dépôts.
Action, puis réactionCette souplesse de la stratégie se reflète, par ailleurs, dans l'évolution de la mission de la banque. Si l'accompagnement non financier a toujours existé chez Bpifrance, c'est à nouveau grâce au terrain que la banque a décidé de se spécialiser plus encore dans ce domaine. C'est en effet après une étude menée sur la solitude des dirigeants, en 2016, et des discussions avec ses homologues internationaux (cf. encadré ci-contre) que l'institution s'est décidée à structurer une activité autour. Création d'écosystèmes et d'événements, accès à la formation et à des activités de conseil, mise en réseau et programmes d'accélération figurent désormais au menu des entrepreneurs français. Et l'activité produit un effet de levier.
Un travail resté plutôt confidentiel, car publié dans la Revue d'économie financière cette année, s'est attaché à observer trois cohortes de PME entrées dans les accélérateurs de Bpifrance, sur trois années différentes. Au terme du programme, les chercheurs ont constaté une hausse du chiffre d'affaires moyen de 22 % pour la première promotion et de 50 % pour les deux suivantes. De même, la progression des effectifs a atteint 12 % pour le premier groupe et jusqu'à 36 % pour les autres.
Des synergies vite dégagéesDes actions efficaces, alors que le regroupement de trois entités en une, à la suite de la loi du 31 décembre 2012 relative à la création de la banque publique d'investissement, aurait pu rendre l'ensemble moins maniable. Et pourtant, les synergies se sont vite dégagées. « Les trois organismes avaient leurs spectres d'activité différents et l'ensemble offrait une réelle vision du marché et des besoins des PME et des ETI. De ce fait, nous étions désormais en mesure d'offrir plus que des produits aux entrepreneurs : des solutions. Et cela même auprès d'autres parties prenantes, comme l'État », nous confie Pascal Lagarde qui, outre ses fonctions de directeur exécutif, est aussi un historique de la maison.
Une multiplicité d'enjeux déjà identifiésPour la suite, les défis seront nombreux mais sont déjà identifiés. Il y a la réindustrialisation de la France, remise en exergue depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, qui comprend notamment le secteur de la défense et de ses sous-traitants. Mais aussi les start-up deeptech : ces créatrices de technologies de rupture auront besoin de capacités de production. La filière du nucléaire figure également sur la feuille de route de Bpifrance, tout comme la rétention des entreprises sur le territoire national lors des sorties de portefeuille. Un club pour les introductions en Bourse a notamment été mis en place à ce sujet, afin que des start-up matures puissent venir présenter leurs projets à des sociétés de gestion d'actifs. Et puis la décarbonation du tissu entrepreneurial, bien sûr : une priorité pour l'institution, qui souhaite avoir un rôle d'accompagnateur sur ce sujet.